Togo-Tchad : Faure Gnassingbé soigne sa diplomatie pendant que Lomé compte encore ses inondés

Lomé, 6 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes

Il y a une scène qui se répète inlassablement à la présidence togolaise, et qui ne varie jamais dans sa mise en scène : un émissaire étranger, un message solennel, une poignée de main pour les photographes. Ce vendredi 3 juillet, c'était au tour de Fatime Aldjineh Garfa, ministre déléguée tchadienne, de venir jouer ce rôle bien rodé auprès du président du Conseil.

L'émissaire du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a transmis à Faure Gnassingbé un message portant sur le renforcement de la coopération bilatérale et sur les grands enjeux de l'intégration africaine, avec un accent mis sur la coopération dans le secteur de l'eau. Le Tchad en a profité pour inviter le président du Conseil à participer au Forum africain de l'eau, prévu les 15 et 16 juillet à N'Djamena. « Nous sommes porteurs d'un message personnel du Président de la République », a résumé la ministre déléguée à sa sortie d'audience.

Rien de nouveau sous le soleil de la diplomatie togolaise. Depuis des années, Lomé s'est construit une image de carrefour du dialogue africain, multipliant les audiences, les forums et les déclarations communes. Le Togo a lancé sa propre Alliance politique africaine, accueilli des délégations sahéliennes, organisé un forum sur la paix et la sécurité, et Faure Gnassingbé s'est posé en médiateur régional du Mali au Tchad en passant par la crise entre la RDC et le Rwanda. Cette diplomatie active, patiemment construite, sert une seule chose : projeter à l'extérieur l'image d'un pays stable, respecté, incontournable.

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Sauf que cette image se fabrique à des milliers de kilomètres du réel. Pendant que les émissaires se succèdent dans les salons feutrés de la présidence, la capitale togolaise a passé le mois de juin sous les eaux. Des quartiers entiers de Lomé se sont retrouvés submergés par des pluies diluviennes, des habitants ont vu leurs maisons envahies, certains hôpitaux ont été rendus inaccessibles, et les autorités municipales comme nationales se sont montrées, une fois de plus, incapables d'apporter une réponse à la hauteur du drame.

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L'ironie n'échappe à personne. Voilà un chef de l'exécutif togolais qui reçoit un message sur la coopération hydrique régionale et qui s'apprête à se rendre à un forum international sur l'eau, alors même que son pays n'a toujours pas résolu, plus de cinquante ans après l'indépendance, le problème le plus élémentaire : évacuer les eaux de pluie de sa propre capitale. On peut discuter d'intégration africaine à N'Djamena. On ne discute toujours pas, sérieusement, d'assainissement à Bè, à Agoè ou à Kégué.

Cette dissonance n'est pas un accident de communication. Elle est la méthode. Le régime a compris depuis longtemps que la diplomatie de façade coûte moins cher, politiquement, que la réforme des services publics. Un forum international se prépare en quelques semaines et se solde par des photographies flatteuses. Un réseau d'égouts fonctionnel se construit sur des années, exige des choix budgétaires courageux et n'offre aucune image spectaculaire à exporter. Entre les deux, le choix du pouvoir togolais est constant, et il ne varie jamais.

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Le même constat vaut pour le registre sécuritaire et institutionnel. Pendant que Faure Gnassingbé multiplie les gestes de médiateur régional et se présente en garant de la stabilité continentale, l'arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur la réforme constitutionnelle togolaise continue de peser sur la légitimité même de son pouvoir. On soigne son image à l'extérieur précisément parce qu'elle se dégrade à l'intérieur.

Personne ne conteste l'intérêt, en soi, d'une coopération régionale sur l'eau entre le Togo et le Tchad. Le problème n'est pas la coopération. Le problème, c'est l'écart devenu abyssal entre le président qui serre des mains à N'Djamena au nom de la souveraineté hydrique africaine et le citoyen de Kégué qui patauge encore dans une eau contaminée devant sa porte. Le régime peut recevoir tous les messages diplomatiques qu'il veut. Les Togolais, eux, attendent toujours une réponse à leurs canalisations.

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