Lomé, 5 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 4 minutes
Il y a des finales perdues qui valent mieux que bien des victoires poussives. Celle de Douala en fait partie. Dimanche, au gymnase de Japoma, les Éperviers maracaniers ont dû s'incliner devant une Côte d'Ivoire qui jouait presque à domicile dans l'histoire, puisque ce sport est né sur ses terrains.
Le score, 4-1, dit la domination ivoirienne. Il ne dit ni le chemin parcouru, ni la fierté qui revient à tout un pays.
Les Éléphants sont partis vite. Losseni Konaté a ouvert le score dès la 2ᵉ minute. Ferdinand Attignon a répondu pour le Togo à la 4ᵉ, et pendant quelques instants, la finale a eu des airs de promesse. Mais Samuel Zokou a repris l'avantage à la 8ᵉ, avant qu'Ibrahima Meïté, entré à la 15ᵉ, ne creuse l'écart dans le deuxième tiers-temps. Zokou a ensuite signé un doublé pour fermer la porte. La Côte d'Ivoire conserve ainsi son titre mondial pour la deuxième fois consécutive.
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Face à cette réalité, il faut pourtant regarder le tournoi dans son ensemble. En poule, le Togo a balayé les États-Unis (6-1), battu le Canada (3-1), puis dominé la France (4-2). En quarts, le Brésil a plié (2-1). En demi-finale, le pays hôte, le Cameroun, a mené au score avant de s'effondrer devant la remontada togolaise (5-4), sous les yeux de son propre public.
Ce n'est pas un parcours de figurant. C'est un parcours de prétendant.
Rappelons d'où l'on vient. Lors de la première édition, en 2024 à Abidjan, le Togo avait pris la troisième place. Deux ans plus tard, il grimpe sur la deuxième marche du podium mondial. La progression est nette, lisible, et elle s'est faite sans tapage.
Le capitaine Moustafa Ouro n'avait d'ailleurs pas caché l'ambition du groupe avant le départ pour Douala. « Nous comptons remporter la Coupe du monde, cette fois-ci, au Cameroun », avait-il déclaré à la veille du tournoi, selon Le360 Afrique. L'objectif n'est pas atteint. La trajectoire, elle, ne ment pas.
Cette ambition n'est pas née d'hier. Selon la fédération togolaise, le maracana existe dans le pays depuis une quinzaine d'années. Son président, Vitalis Amatékoé Kangni, a expliqué vouloir en faire la première discipline collective capable d'offrir au Togo un titre mondial. Une marche reste à gravir, la plus haute. Mais la distance qui sépare désormais le Togo du sommet est celle d'une finale, pas d'un fossé.
Il faut dire aussi ce que ce parcours révèle. Une sélection composée de joueurs expérimentés et de jeunes, selon les mots de son sélectionneur Amadou Boukari, a su tenir tête à des nations bien plus installées dans le paysage sportif mondial. À six contre six, sur un terrain réduit, sans les millions ni les projecteurs du football, les Togolais ont montré que le talent n'attend pas les grandes vitrines.
Le contraste est d'ailleurs saisissant. Il y a quelques jours à peine, les Éperviers du football s'inclinaient 2-0 à Ndola face à la Zambie, pour la deuxième journée des éliminatoires de la CAN 2027. Ils occupent aujourd'hui la troisième place du groupe I avec trois points, et retrouveront l'Algérie, leader, en novembre pour une double confrontation. Pendant que le football traîne ses doutes, les maracaniers, eux, ont rapporté une médaille d'argent mondiale. Voilà qui devrait inspirer quelques réflexions à ceux qui distribuent l'attention, et les moyens, avec une constance qui laisse songeur.
Car c'est bien là la leçon. Le Togo sait produire des équipes qui gagnent, des joueurs qui se battent, des collectifs qui ne rendent pas les armes quand le score tourne. Ce qui manque trop souvent, c'est le regard. Celui qui reconnaît le mérite avant la finale, pas seulement après.
Dimanche soir, la Côte d'Ivoire a été la meilleure. Elle a gagné, elle a mérité, et personne ne le conteste.
Mais le Togo repart de Douala avec l'argent mondial autour du cou, un statut de vice-champion et une certitude : la prochaine fois, on ne l'attendra plus parmi les outsiders. On le redoutera.