Wadagni rentre de Paris avec 65,5 milliards : l'addition, elle, reste à lire

Lomé, 7 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

À Paris, un chiffre rond tient lieu de bilan. Les présidents fraîchement investis le savent, et ceux qui les reçoivent plus encore : on signe en marge de la poignée de main, on annonce un montant, et on laisse les conditions dormir dans les annexes.

Lundi 5 octobre, Emmanuel Macron a reçu Romuald Wadagni à l'Élysée, pour la première visite du président béninois en France depuis son investiture du 24 mai. En marge de l'entretien, Cotonou a signé deux conventions avec l'Agence française de développement, pour 61,9 milliards de francs CFA, et une lettre de mandat de 3,54 milliards avec Bpifrance. Total : 65,5 milliards, soit près de 100 millions d'euros.

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Les titres ont aussitôt fait de la France la grande bienfaitrice. Les détails publiés par la presse béninoise racontent autre chose. Sur les 52,1 milliards destinés à étendre le réseau de la SBEE, 32,8 milliards sont un prêt de l'AFD et 19,3 milliards un don de l'Union européenne. Un prêt se rembourse. Un don européen n'est pas un chèque français.

Faites le calcul : près de 30 % de l'enveloppe annoncée ne vient pas de Paris mais de Bruxelles. Quant au taux, à la durée et aux conditions du prêt, les comptes rendus consultés n'en disent pas un mot.

Les 3,54 milliards de Bpifrance relèvent de la même prestidigitation. Il s'agit d'une lettre de mandat, censée permettre d'avancer vers le financement d'une plateforme béninoise d'analyses médico-légales et ADN. Un mandat n'est pas un virement. On annonce un laboratoire, on a signé l'intention de lui chercher de l'argent.

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Reste le cœur du dossier, l'électricité : plus de 120 000 nouveaux branchements dans 750 localités, selon Africanews. Le chiffre est séduisant. Il se vérifiera sur le terrain, branchement après branchement, pas dans un communiqué.

Il faut aussi regarder qui s'assoit à la table. Romuald Wadagni a été élu le 12 avril avec 94,05 % des voix, face à un seul rival, Paul Hounkpè. Le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'était même pas au départ, faute de parrainages. Saisie par le parti, la Cour constitutionnelle a estimé en octobre 2025 que la Commission électorale « n'a ni violé la Constitution ni le Code électoral ». Circulez.

Résultat : un scrutin sans son principal opposant et un score de plébiscite. La fondation allemande Konrad-Adenauer y voit l'illustration d'un recul démocratique régional, où le pouvoir exécutif se consolide par des voies institutionnelles et légales. Les thèmes retenus à l'Élysée, eux, ont été l'énergie, la formation professionnelle, la sécurité et la culture. La démocratie n'a pas eu droit à sa ligne.

Parlons justement de culture. Le Bénin réclame 35 nouveaux biens, dont le siège du roi Toffa de Porto-Novo et une statue du dieu Gou. En 2021, la France avait rendu 26 œuvres, et il lui avait fallu une loi spéciale, votée le 24 décembre 2020, pour lever l'obstacle de l'inaliénabilité de ses collections. Une loi pour 26 pièces : combien en faudra-t-il pour 35 de plus ? Aucun calendrier n'a été rendu public.

Sur le plan sécuritaire, Paris forme des forces béninoises, et les deux capitales assurent qu'aucun contingent français de combat n'est déployé. Mais dans les accords signés, rien ne cible la sécurité du nord, là où les groupes armés frappent. On finance des branchements et des bassins de pisciculture, on célèbre la coopération, et les populations frontalières attendent toujours qu'on leur parle d'elles.

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Voilà ce qu'on veut faire oublier derrière le chiffre : les conditions du prêt qu'il faudra rembourser, un mandat présenté comme un financement, une légitimité électorale que personne n'ose discuter à l'Élysée, un nord laissé à lui-même. Chaque annonce flatte la capitale. Aucune n'engage le pouvoir de Cotonou devant ses propres citoyens.

Les signatures sont posées, les photos aussi. Ce qui manque, ce sont les contrats, les taux, les échéances et les comptes. Tant qu'ils ne seront pas publiés, 65,5 milliards ne seront qu'un chiffre de plus dans la vitrine.

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