Eau potable à Kara (Togo) : 27 milliards FCFA, un énième projet face à la pénurie

Lomé, 2 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Au Togo, il existe une méthode éprouvée : quand un robinet reste à sec trop longtemps, le régime ne répare pas, il inaugure. Une pelle, des caméras, un ministre en première ligne et des populations invitées à applaudir.

À Kara, le rituel vient d'être rejoué. Le 28 septembre 2026, la Société togolaise des eaux (SP-EAU) a lancé le projet d'alimentation en eau potable de la ville et de ses environs, évalué à 27 milliards de francs CFA et financé par le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe et la Banque islamique de développement. Le ministre délégué chargé de l'Eau et de l'Assainissement a donné le coup de pioche. Des habitants ont dansé.

On les comprend : quand on a soif, on danse pour un chantier. Mais danser n'a jamais rempli un seau.

Car ce chantier n'a rien d'une nouveauté. L'accord de financement avec le Fonds koweïtien a été signé à Lomé le 31 janvier 2019 par le ministre de l'Économie et des Finances de l'époque, Sani Yaya : 7 millions de dinars koweïtiens, soit environ 12 milliards de francs CFA, pour renforcer l'alimentation en eau potable de Kara et ses environs. L'objectif affiché était de faire passer la production de 7 500 à 17 500 mètres cubes par jour, au bénéfice de près de 300 000 habitants.

Près de huit ans entre la signature et le premier coup de pioche. Huit ans pendant lesquels les habitants de la Kozah ont continué à compter leurs bidons.

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Et ce n'est pas faute d'annonces. En mai 2019, les autorités vantaient quatre forages à gros débit pour la ville. En 2020, le Projet eau et assainissement au Togo, phase 2, financé par l'Union européenne, promettait une nouvelle chaîne de traitement, le curage de la prise d'eau et le remplacement des vannes, en douze mois. Les travaux ont largement débordé le calendrier. Et quand la capacité de traitement a enfin augmenté, une évidence a surgi : le barrage de la Kozah ne fournit pas assez d'eau à traiter. Une usine plus puissante ne produit rien quand le réservoir est vide.

Le réservoir, justement, a fini par donner raison aux sceptiques. Fin décembre 2025, le barrage de la Kozah, principale source d'eau potable des préfectures de la Kozah, de la Doufelgou et de la Binah depuis 1979, a atteint un niveau historiquement bas. L'appareil d'État a alors découvert l'urgence : réhabilitation de cinquante forages à pompe manuelle, nouveaux forages, camions-citernes mobilisés à Kara et à Mango. Début janvier 2026, le gouvernement annonçait aussi une nouvelle source identifiée à Défalé, un barrage polyvalent à Sarakawa en préparation et, déjà, un projet pour Kara estimé à 13 milliards de francs CFA avec l'appui de la BID.

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Ces messieurs ne manquent pas de mots. En janvier 2026, lors d'une mission d'inspection dans la Kara et les Savanes, le ministre de l'Aménagement du territoire, Kodjo Adedzé, a déclaré que pour le président du Conseil, « il s'agit de joindre l'action à la parole ». Les habitants de Kara attendent encore la deuxième moitié de la phrase.

Reste une question que personne, au sommet, ne prend la peine de traiter : 13 milliards annoncés en janvier, 27 milliards lancés en septembre. Qui explique cet écart ? Quel calendrier engage les entreprises ? Quels résultats mesurables, et devant qui, sont promis aux habitants ? Rien, ou presque, sinon le décor habituel de la cérémonie.

Car le vrai scandale n'est pas qu'on investisse. Le vrai scandale, c'est la succession : forages en 2019, chaîne de traitement en 2020, cent cinquante forages en décembre 2025, 27 milliards en septembre 2026. Chaque programme est présenté comme la réponse définitive, chaque échec disparaît dans la communication du suivant. On empile les milliards et les rubans coupés, sans jamais rendre de comptes sur ceux d'avant.

Pendant ce temps, l'indicateur qui compte n'apparaît dans aucun discours : le robinet de la famille de Kara, ouvert un matin ordinaire, et l'eau qui en sort ou n'en sort pas. À Lomé, on parle de milliards. À Kara, on parle de litres.

Le nouveau projet réussira-t-il là où les précédents ont échoué ? Le régime demande de le croire sur parole, et c'est précisément ce qu'il a épuisé. Un pays ne s'abreuve pas de cérémonies.

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