Lomé — 25 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes
Il y a une méthode bien rodée à Lomé : quand une capitale étrangère veut afficher sa générosité, on sort le tapis rouge, on aligne les éloges diplomatiques, et on annonce, une fois de plus, la fin prochaine des inondations. Depuis des années, le scénario se répète presque à l'identique, et personne, au sommet de l'État, ne semble pressé d'en changer le dénouement.
Vendredi, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a reçu l'ambassadeur de Hongrie, Tamás Fehér Endre. Au menu de l'entretien, rapporté par la presse proche du pouvoir : l'accélération des projets communs dans l'eau et l'assainissement, notamment la construction de deux stations de traitement des boues de vidange à Aképé et à Djagblé. Les deux hommes se sont aussi félicités de la coopération togolo-hongroise dans l'agriculture, la sécurité, l'énergie et l'impression sécurisée des documents officiels.
Rien de neuf sous ce soleil protocolaire. Le mémorandum sur Aképé et Djagblé date de janvier 2025. Vingt mois plus tard, il revient dans une poignée de main et un communiqué, sans qu'un seul mètre cube de boues supplémentaire n'ait, à ce jour, été rendu public comme traité. Pendant que la diplomatie s'active, les quartiers d'Agoè, de Tokoin Tamé, d'Avédji ou de Golfe continuent, saison après saison, de disparaître sous l'eau.
En mars, en avril, en juin, en juillet et encore en août 2026, le même bulletin est tombé sur le Grand Lomé : caniveaux obstrués, bassins d'orage débordés, maisons envahies. À chaque alerte météo, l'Agence nationale de protection civile sonne le tocsin, les camions-bennes sortent, les motopompes tournent jour et nuit à Caméléon, Tokoin Tamé ou Awatamé. Puis la pluie cesse, et tout le monde attend la suivante.
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Face à cette litanie, ce sont finalement les municipalités, pas l'État central, qui ont fini par hausser le ton contre leurs propres administrés. Le maire de la commune Golfe 5, Kossi Aboka, a averti en avril les habitants récalcitrants : « La récréation est terminée. » L'aveu est révélateur. Après des années de discours sur les grands travaux d'assainissement, c'est le citoyen qu'on menace de sanction pour ses raccordements sauvages, pas le système de drainage qu'on répare à la racine.
Car le chiffre qui compte n'est pas dans le communiqué de vendredi. Il figure dans le dernier rapport du programme commun de surveillance OMS/UNICEF : en Afrique subsaharienne, seuls 24 % des habitants ont accès à un service d'assainissement géré en toute sécurité, et 17 % pratiquent encore la défécation en plein air. Le Togo, malgré ses mémorandums signés et ses stations promises, n'échappe pas à cette moyenne accablante.
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La diplomatie de l'assainissement fonctionne exactement comme celle de la carte du monde ou celle des partenaires militaires : on affiche la relation, on multiplie les mémorandums, on pose devant l'objectif aux côtés d'un ambassadeur souriant. Entre l'encre de janvier 2025 et le premier bassin réellement livré, il y a un gouffre que ni les éloges de Budapest ni les tournées d'inspection ministérielles ne comblent. Pendant que ces messieurs négocient l'impression sécurisée des documents officiels, les riverains d'Agoè vivent depuis les années 2010 avec un caniveau à ciel ouvert transformé en dépotoir, où stagnent moustiques, odeurs et eaux usées.
Ce n'est pas un accident climatique. C'est un choix d'entretien, année après année reporté, pendant qu'ailleurs dans le pays d'autres urgences s'accumulent sans réponse : la hausse du carburant à 817 FCFA le litre que la rue encaisse en silence, les tensions foncières qui montent dans les Savanes entre populations autochtones et réfugiés, la mort inexpliquée d'un jeune officier dans un camp militaire de la capitale. Autant de dossiers que la photo protocolaire de vendredi ne fait pas disparaître, mais qu'elle aide, un instant, à faire oublier.
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Le régime a sa méthode bien à lui pour traiter les urgences populaires : les sous-traiter à des partenaires extérieurs, habiller les annonces de la pompe qui sied à un chef d'État, et laisser aux communes le soin de gérer, curage après curage, ce que l'État central n'a jamais construit à la bonne échelle.
Aképé et Djagblé verront peut-être, un jour, leurs stations sortir de terre. En attendant, ce sont les mêmes bassins qui débordent, les mêmes camions qui pompent, et les mêmes familles qui nettoient leurs maisons après chaque pluie. La coopération avec Budapest est peut-être excellente ; le sort des sinistrés de Lomé, lui, reste obstinément inchangé.