Lomé — 25 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 4 minutes
Quatre phases finales manquées d'affilée. Voilà le chiffre qui collait à la peau du football togolais depuis 2017, année de la dernière apparition des Éperviers à la Coupe d'Afrique des Nations. Un chiffre que le peuple togolais connaît par cœur, tant il a fini par ressembler à une habitude plus qu'à un accident de parcours.
Ce vendredi, au Stade de Kégué, cette habitude a pris un coup. Le Togo s'est imposé 1-0 face au Burundi pour l'entame de sa campagne de qualification à la CAN 2027, et cette victoire vaut bien plus qu'un simple succès en ouverture.
Le scénario a été limpide. Dès la 17ᵉ minute, servi par Sharani Zuberu, Karim Dermane a envoyé une frappe puissante depuis l'entrée de la surface qui n'a laissé aucune chance au gardien burundais. Un but rapide, propre, mérité au terme d'une entame de match totalement maîtrisée par les Togolais.
La seconde période a confirmé cette impression de contrôle. Le Burundi a bien tenté de réagir : une tête d'Youssouf Ndayishimiye repoussée par le portier togolais Malcolm Barcola, puis une frappe lointaine d'Elie Mokono qui a heurté la barre transversale à la 50ᵉ minute. Mais la défense togolaise, emmenée par son capitaine Djené Dakonam, n'a jamais tremblé jusqu'au coup de sifflet final.
Pour comprendre la portée de cette soirée, il faut revenir un peu en arrière. Nommé à la tête des Éperviers en février 2026 pour succéder à Nibombé Daré, le technicien français Patrice Neveu, 72 ans, avait hérité d'une sélection en reconstruction, marquée par des échecs répétés lors des CAN 2019, 2021, 2023 et 2025. Sa mission, clairement énoncée dès son arrivée : rebâtir un collectif capable de rivaliser avec les meilleures nations africaines.
Les débuts n'avaient pourtant pas été flamboyants, avec un match nul concédé face à la Guinée en mars dernier. C'est dire si cette première victoire officielle de l'ère Neveu, obtenue devant un stade de Kégué plein, a une saveur particulière pour un public togolais en attente de résultats depuis des années.
Ce n'est pas la première fois que le technicien dijonnais prend en main un projet africain en quête de repères. Avant le Togo, Patrice Neveu est passé par le Niger, la Mauritanie, le Gabon et Haïti, avec la réputation d'un entraîneur méthodique et patient, plus enclin à construire dans la durée qu'à promettre des miracles immédiats. Cette philosophie tranchait, à son arrivée, avec l'urgence de résultats qu'exigeait une opinion togolaise lasse des rendez-vous manqués.
« Après quatre CAN manquées, les Éperviers rêvent à nouveau », résumait sobrement la République Togolaise au lendemain de la rencontre. La formule dit bien ce qui se joue derrière ce simple 1-0 : la possibilité, enfin, de recommencer à espérer.
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Car au-delà du symbole, il y a désormais une réalité comptable. Avec cette victoire, le Togo prend provisoirement la tête du groupe I des éliminatoires, une poule où figurent également l'Algérie et la Zambie — deux adversaires autrement plus expérimentés que le Burundi sur la scène continentale. Prendre les trois points à domicile lors de la première journée n'était donc pas une option : c'était une obligation pour rester dans la course.
La suite ne laissera pas de répit. Quatre jours seulement après ce succès, les Éperviers s'envolent pour la Zambie, où ils affronteront les Chipolopolo le 29 septembre à Ndola, au stade Levy Mwanawasa. Un déplacement autrement plus périlleux qu'une réception à domicile face au Burundi, et qui dira beaucoup de la solidité réelle de ce groupe togolais.
C'est bien là que se mesurera la vraie valeur de cette campagne. Une victoire inaugurale, aussi précieuse soit-elle, ne construit pas à elle seule une qualification. Le Togo n'a plus foulé la pelouse d'une CAN depuis 2017 au Gabon, où l'aventure s'était arrêtée dès la phase de groupes. Rompre avec cette série suppose de confirmer à l'extérieur, loin de la ferveur du Stade de Kégué.
Mais pour une nation qui n'avait plus connu grand-chose à célébrer sur les terrains de football depuis près d'une décennie, ce vendredi soir restera un point de départ. Les Éperviers ont fait ce qu'on attendait d'eux : gagner à la maison, marquer les esprits, et donner un premier motif sérieux d'y croire.
Il reste que le groupe I n'a livré, ce même week-end, qu'une infime partie de ses secrets. Algérie et Zambie entament également leur campagne, et le classement de cette première journée ne dira encore rien de définitif sur la hiérarchie réelle de la poule. Le Togo aura simplement fait ce qu'il devait faire : ne pas se rater devant son public, pour aborder la suite sans pression supplémentaire.
À Ndola, dans quatre jours, les Éperviers sauront déjà si ce rêve tient la route, ou s'il rejoint la longue liste des faux départs prometteurs que le football togolais a trop souvent connus ces dernières années. En attendant, Lomé a le droit de savourer.