Routes du Togo : 31 morts en un seul mois, et le régime accuse encore les usagers

Lomé, 18 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Au Togo, quand la route tue, le régime a toujours le même réflexe : chercher un coupable, n'importe lequel, pourvu qu'il ne porte pas de costume officiel. Le conducteur est imprudent, le motard est pressé, le passager est insouciant. L'État, lui, serait toujours irréprochable.

Le bilan de septembre 2026 balaie ce récit commode. La Division de la sécurité routière (DSR) a recensé 439 accidents en trente jours, soit une quinzaine par jour. Ils ont fait 715 blessés et 31 morts. Plus d'un mort chaque jour, sans que personne en haut lieu ne semble s'en émouvoir.

Ces chiffres sont des minimums. Les accidents jamais déclarés n'apparaissent pas au rapport, et la DSR, qui dépend du gouvernement, attribue l'essentiel du carnage aux facteurs humains : vitesse excessive, méconnaissance du code de la route. Le pouvoir qui s'auto-absout. Quelle surprise.

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Septembre n'a rien d'une exception. Au premier semestre 2026, le ministère de la Sécurité a dénombré 3 191 accidents, 314 morts et 4 695 blessés, presque deux morts par jour. Juillet a été le pire mois, avec 589 accidents, 59 morts et 842 blessés. Entre 2022 et 2024, le pays a enregistré 20 942 accidents et 1 826 morts. Près de deux mille vies, en trois ans.

La route nationale n°1, seul axe direct entre Lomé et le nord, est le symbole de cette hécatombe. Fin janvier, un semi-remorque y a percuté un minibus à la sortie nord de Gléï, dans l'Ogou : dix morts, dont cinq mineurs. Le ministère reconnaît lui-même que cet axe concentre une part importante des accidents mortels de juillet. Un voyageur qui l'a empruntée la semaine dernière raconte deux crevaisons dans des cratères en pleine chaussée, et au moins deux accidents mortels croisés en chemin.

Le gouvernement, lui, a communiqué. Le 9 février, une opération spéciale de contrôle a été lancée sur la RN1, le Grand Contournement de Lomé et plusieurs autres axes. Fin mars, le responsable de la DSR, Agba Tassa, en tirait un bilan triomphal :

« Les accidents mortels sont devenus très rares, surtout sur le grand contournement. »

Très rares. Quatre mois plus tard, juillet comptait 59 morts. Septembre en a ajouté 31. À ce rythme, la rareté a de beaux jours devant elle.

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Pour le ministère, l'excès de vitesse explique environ 60 % des cas. C'est le chiffre que le pouvoir veut voir retenu, parce qu'il déplace la faute vers les conducteurs. Ce qu'il veut faire oublier, c'est l'état des routes. Pendant des années, on a expliqué les morts de Lomé par l'absence de casque. Le casque est devenu systématique, et les drames continuent.

À Lomé même, le boulevard Houphouët-Boigny, à Bè, a été éventré pour des travaux puis laissé à l'abandon. À la moindre pluie, la seconde voie devient une lagune et les usagers roulent en sens interdit. Hors de la capitale, les axes sont soit vétustes, soit trop étroits pour une population qui ne cesse de croître.

Il y a aussi la promesse de 2005, rappelée par L'alternative : une autoroute baptisée « Fleuve de l'espérance » entre Lomé et la frontière nord. Plus de vingt ans après, les Togolais empruntent toujours la même route étroite et défoncée, au péril de leur vie.

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Où est passé l'argent des routes ? De multiples rapports officiels, souligne L'alternative, ont désigné nommément des proches de Faure Gnassingbé dans des détournements de fonds destinés à la construction d'infrastructures. Aucune poursuite judiciaire n'a suivi. Pas une.

Les usagers ne sont responsables ni des cratères de la RN1, ni de la lagune de Bè, ni d'une autoroute promise en 2005 et jamais livrée. Ces défaillances portent une signature, celle d'un système qui gouverne depuis près de soixante ans et dont le Président du Conseil Faure Gnassingbé est aujourd'hui le visage.

Tant que la corruption sera tolérée et l'impunité garantie, chaque mort sur une route togolaise sera aussi un acte d'accusation.

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