Togo : un an de gouvernement Gnassingbé, la précarité reste entière

Lomé, 12 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Au Togo, le régime excelle dans un exercice : célébrer le rempart pendant que les ménages comptent leurs derniers francs. Chaque réforme est annoncée comme une renaissance, chaque discours comme un tournant. Et chaque année qui passe rappelle que le pays réel n'a jamais été invité à la cérémonie.

Le 8 octobre, le premier gouvernement de la Ve République a soufflé sa première bougie. L'an dernier, devant le Parlement, Faure Gnassingbé avait fixé lui-même la barre. Sa phrase est restée : « La République doit être un rempart contre la précarité. » Douze mois plus tard, le rempart ressemble furieusement à une façade.

Un rappel s'impose. La Ve République est née de la Constitution de 2024, qui a transféré l'essentiel du pouvoir exécutif à un président du Conseil, le président de la République n'ayant plus qu'un rôle honorifique. Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, a prêté serment à ce poste en mai 2025. Un homme qui ne pouvait plus se représenter a simplement changé de fauteuil.

Cette nouvelle étiquette a d'ailleurs un défaut de fabrication. Par son arrêt du 29 janvier 2026, la Cour de justice de la CEDEAO a jugé que cette réforme constitutionnelle constituait un changement anticonstitutionnel de gouvernement. La juridiction régionale a dit tout haut ce que les contestataires du texte répétaient depuis 2024 : la Ve République repose sur un socle illégitime. Pas étonnant que ses promesses sonnent creux.

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Le carburant en offre la démonstration la plus crue. Le 11 septembre, le litre de super sans plomb est passé de 725 à 817 francs CFA, deuxième hausse en moins de quatre mois après celle de fin mai. Il était à 680 francs en janvier. Entre mai et septembre, l'augmentation atteint 12,7 %. Les autorités invoquent l'envolée du brut et la baisse des subventions.

Reste un détail que ces messieurs préfèrent taire : le budget 2026 prévoyait déjà 14,2 milliards de francs pour les subventions pétrolières, contre 25 milliards l'année précédente. Le « bouclier social » a donc été rogné avant même la première hausse. Un usager de la route raconte qu'il lui faut désormais 3 000 à 3 500 francs de carburant là où 2 000 suffisaient, sans pouvoir répercuter ce surcoût sur ses tarifs. Pendant ce temps, rappelle L'Alternative, une minorité continue de bénéficier de dotations en carburant.

Aucune mesure d'accompagnement à la hauteur n'est venue soulager les ménages. Le peuple se débrouille seul. Comme toujours.

Les femmes des marchés, elles, n'ont même pas droit à un guichet. Les incendies d'Agoè-Assiyéyé, de Kpalimé et d'Anié ont laissé des commerçantes ruinées, et selon L'Alternative, les victimes attendent toujours justice et réparation à la hauteur des préjudices. Où est « l'écoute » tant vantée devant le Parlement ?

Même silence côté justice. Des détenus politiques susceptibles d'obtenir une liberté provisoire restent derrière les barreaux, malgré l'arrêt n° 040/2026 du 18 février 2026 invoqué dans leur dossier. Des mois plus tard, une décision de justice qui ne produit aucun effet n'est plus une décision : c'est un papier. Quant à la grande réforme judiciaire annoncée, la Cour suprême siège toujours à sa place, sans Cour de cassation ni Conseil d'État à l'horizon.

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Le gouvernement s'était pourtant présenté comme un gouvernement d'action. Dans les champs, l'action a un goût amer. À Kovié, Afagnan, Mango et Mandouri, le riz local peine à trouver preneur, tandis que le riz importé, chinois et japonais notamment, garnit les rayons et les magasins de l'Agence nationale de sécurité alimentaire. Souveraineté alimentaire, dit-on. Vraiment ?

Les routes se dégradent, des chantiers entamés depuis des années dorment à l'abandon, les délestages sont revenus en force et l'eau potable demeure, dans plusieurs localités, un parcours du combattant. À Kara, les milliards s'empilent dans la recherche d'eau pendant que la pénurie, elle, ne bouge pas d'un millimètre.

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Le schéma est connu : un discours magnifique, une communication huilée, puis le réel qui s'invite et qu'on s'empresse de ne pas regarder. La Ve République devait incarner l'efficacité, la justice et la proximité. Elle a surtout incarné l'art de changer de décor sans changer de méthode.

Un an après, la question du quotidien des Togolais reste entière, et la réponse du régime tient en une ligne : des promesses en guise de rempart, des factures en guise de bilan.

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