Emploi des jeunes au Togo : les promesses du gouvernement à l'épreuve des chiffres

Lomé, 5 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Au Togo, il existe une loi non écrite du pouvoir : quand la jeunesse gronde, on lui parle d'amour. On lui récite la liste des programmes, des fonds et des dispositifs, comme on tend une sucrerie à un enfant qui réclame son dû. Le régime a la tendresse facile quand les micros sont ouverts.

Dernier épisode en date. Pacôme Yawovi Adjourouvi, garde des Sceaux et ministre de la Justice et des Droits humains, a récemment affirmé : « Le gouvernement se soucie de sa jeunesse. » La formule, reprise le 4 octobre 2026 par Togo Actualité à partir d'un éditorial de Togonyigba signé José-Éric G. dit LeDivin, s'appuie sur une série de programmes consacrés à l'emploi, à l'entrepreneuriat et à la formation. Les résultats concrets, eux, restent attendus.

Le Togo ne manque pourtant ni de sigles ni de structures. Programme de volontariat national, projet d'appui à l'employabilité et à l'insertion des jeunes dans les secteurs porteurs, instituts de formation en alternance, fonds d'appui aux initiatives économiques des jeunes, mécanisme incitatif de financement agricole, Haut Conseil pour l'Emploi des Jeunes : la liste, recensée par Afrobarometer, est longue comme un discours d'inauguration.

Reste la seule question qui compte : qu'est-ce que tout cela produit ?

La réponse figure dans l'enquête publiée par Afrobarometer en juin 2025, et elle n'a rien d'une carte postale. Près de la moitié des jeunes Togolais de 18 à 35 ans, 46 %, se déclarent sans emploi et en recherche active, contre 23 à 29 % chez leurs aînés. Seuls 23 % approuvent l'action du gouvernement en matière de création d'emplois. Et 60 % estiment que le pays va dans la mauvaise direction.

Le paradoxe est cruel. Cette génération est la plus instruite que le pays ait connue, mieux dotée en diplômes secondaires et supérieurs que ses aînés, et c'est elle qui fait la queue devant le guichet du chômage. Le diplôme devait être un passeport. Il est devenu un justificatif.

Les chiffres officiels cités par l'AFP donnent la mesure du problème : 60 % des quelque huit millions de Togolais ont moins de 25 ans, et 43 % vivent dans la pauvreté. La Banque mondiale estime que le pays doit créer un million d'emplois d'ici 2030. Même la vitrine industrielle d'Adétikopé, qui revendique plus de 6 580 emplois directs et en vise 15 000 à 20 000 à la même échéance, reste très loin du compte.

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Que vaut, dès lors, la déclaration ministérielle ? Rien, tant qu'aucun chiffre ne l'accompagne. Le papier relayé par Togo Actualité n'en cite pas un : ni le nombre de jeunes durablement insérés, ni le nombre d'entreprises encore debout après deux ans, ni les délais de déblocage des financements. L'éditorialiste, lui, pose les questions que chaque jeune connaît par cœur : où s'inscrire, selon quels critères, dans quels délais, avec quel suivi une fois la formation achevée ou les fonds versés.

Des jeunes ont bel et bien bénéficié de formations et de financements, l'éditorialiste le reconnaît, et personne ne le conteste. Mais des réussites individuelles ne font pas une politique publique. Les inégalités d'accès aux dispositifs et la concentration des opportunités dans certaines zones sont là, pendant que le régime préfère mesurer son action au nombre de cérémonies.

Et quand cette jeunesse a répondu autrement qu'en s'inscrivant sur des listes, qu'a-t-elle reçu ? En juin 2025, des jeunes sont descendus dans la rue à Lomé pour dire qu'ils n'avaient plus d'espoir. Au moins sept personnes ont été tuées durant ces manifestations, selon l'AFP, des organisations de défense des droits humains mettant en cause la police. Début août 2025, le même Pacôme Adjourouvi, alors ministre des Droits de l'Homme, qualifiait ces mobilisations de tentative de déstabilisation du pays, d'après KOACI.

Un pouvoir qui se soucie de sa jeunesse l'écoute quand elle parle. Celui-ci a préféré y voir une menace pour l'ordre établi.

Le schéma est connu : on annonce, on inaugure, on aligne les milliards, puis on attend que le réel veuille bien suivre. Les citoyens de Kara savent ce que vaut ce rituel.

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Le gouvernement se soucie-t-il de sa jeunesse ? La réponse ne se lit pas dans un discours, elle se lit dans un parcours : un emploi stable, un revenu, une entreprise qui survit. Un pouvoir qui aime vraiment sa jeunesse n'a pas besoin de le proclamer, il le prouve, chiffres à l'appui. Celui-ci se contente de le déclarer.

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