Togo : l'opposition claque la porte du dialogue de Gilbert Bawara et exige l'application de l'arrêt de la CEDEAO

Lomé, 18 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Au Togo, quand le pouvoir est acculé, il ressort toujours la même boîte à outils : une table, des chaises, un « dialogue » et des invités soigneusement triés. Le décor change à peine, le scénario jamais. Le régime ne cherche pas à résoudre la crise. Il cherche à la faire passer pour réglée.

Vendredi 9 octobre 2026, Gilbert Bawara, ministre chargé des Relations avec le Parlement et les Institutions, a relancé le Cadre permanent de concertation (CPC) et convié des partis d'opposition à s'y asseoir. La réponse est tombée le 15 octobre : une déclaration commune des porteurs du « Manifeste Génération Togo », soit la DMK-Originale, la DMP, la LDP et la coalition « Touche Pas À Ma Constitution ». Elle tient en une ligne : non.

Ces organisations dénoncent un instrument « sans substance », au service exclusif du pouvoir, et refusent de cautionner ce qu'elles appellent des « marchandages nocturnes inavouables ». Elles préviennent aussi les partis tentés de rejoindre la mangeoire. Qui s'y laisserait entraîner trahirait, disent-elles, la confiance du peuple.

Pour comprendre ce refus, il faut remonter au 25 mars 2024. Ce jour-là, une Assemblée nationale en fin de mandat adopte une nouvelle Constitution qui fait basculer le Togo d'un régime présidentiel vers un régime parlementaire. Le président n'est plus élu au suffrage universel direct. Le vrai pouvoir passe au président du Conseil, poste que l'opposition voit taillé sur mesure pour Faure Gnassingbé.

Dès avril 2024, la Ligue togolaise des droits de l'Homme, des partis et des organisations de la société civile saisissent la Cour de justice de la CEDEAO. L'arrêt tombe le 29 janvier 2026, sous la référence ECW/CCJ/JUD/01/26. Il ne sera rendu public qu'en juin. Presque cinq mois de silence : c'est le temps qu'il aura fallu pour que Lomé laisse filtrer une décision qui la gêne.

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Que dit cet arrêt ? La Cour y voit, au regard de l'article 23 de la Charte africaine de la démocratie, un « changement inconstitutionnel de gouvernement ». Elle relève le calendrier, le contenu et l'effet recherché de la réforme, c'est-à-dire le contournement de la limitation des mandats. Elle ordonne aussi au Togo de veiller à ce que toute réforme à venir respecte ses obligations internationales. Brigitte Adjamagbo Johnson, du CDPA, y a vu une « victoire d'étape ».

Les défenseurs du régime répètent que la Cour n'a ni annulé la Constitution du 6 mai 2024 ni ordonné de transition. C'est exact à la lettre. Et après ? Une juridiction de la CEDEAO a qualifié de changement inconstitutionnel de gouvernement la réforme qui sert de socle au pouvoir actuel. Le régime voudrait en faire une note de bas de page. Le texte, lui, reste là.

Le dialogue de M. Bawara arrive donc à point nommé pour le pouvoir. Il lui offre une photo avec des opposants, un communiqué sur « l'ouverture » et un argument à brandir à l'international pour éteindre l'effet de l'arrêt. C'est le service minimum de la respectabilité.

Le plus savoureux, c'est que l'opposition avait prévenu. Dès le 11 mars 2026, bien avant la publication de l'arrêt, ces mêmes organisations décrivaient, en conférence de presse, la séquence que le régime viendrait dérouler : discussion au sein du CPC, retouche constitutionnelle, dissolution de l'Assemblée, législatives anticipées, puis Faure Gnassingbé reconduit comme président du Conseil, avec une légitimité fraîchement repeinte. Ce que le ministre présente comme une main tendue ressemble étrangement à la première marche de cet escalier.

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Pendant que l'on réunit des invités autour du CPC, la vie réelle des Togolais continue sans cérémonie. Au moins un mort par jour sur les routes en septembre, selon un rapport de la Direction de la sécurité routière relayé par la presse. Des milliards de plus engloutis à Kara dans la recherche d'eau potable, alors que le robinet reste capricieux. Une jeunesse que l'on rassure à coups de promesses, des factures d'électricité qui pèsent sur des familles déjà à bout. Voilà ce que le dialogue de dupes sert à reléguer au second plan.

Les signataires ajoutent un rappel qui doit gêner à Lomé comme à Abuja. En 2018, la CEDEAO a sanctionné individuellement des personnalités bissau-guinéennes accusées de bloquer l'application de l'Accord de Conakry, alors que Faure Gnassingbé présidait l'organisation. Ils demandent au Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine de veiller à l'exécution de l'arrêt. Leur formule vise la méthode autant que la région : il ne saurait y avoir deux poids, deux mesures.

Ils rappellent enfin le mot d'ordre de la Journée patriotique d'avertissement du 20 novembre 2026. Le rendez-vous est pris, et le régime sait que ce calendrier-là ne se négocie pas autour d'une table du CPC.

Ces messieurs voulaient un dialogue. Ils obtiennent une réponse claire : on ne discute pas l'application d'un arrêt, on l'applique. Tout le reste n'est que de la diversion, et le peuple togolais n'est pas dupe.

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