Des robots à Yangling, des mains nues à Tami : l'agriculture du régime en deux images

Lomé, 18 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Au Togo, le régime a une constante : aller chercher au bout du monde la réponse à des questions que le village pose depuis des décennies. Quand l'eau manque, on annonce un sommet. Quand les routes tuent, on promet des plans. Quand le tracteur manque, on va visiter des robots.

Du 9 au 16 octobre 2026, Faure Gnassingbé, président du Conseil, était en visite officielle en Chine, à l'invitation du Premier ministre Li Qiang. Première étape : Yangling, dans la province du Shaanxi, à quatre-vingts kilomètres de Xi'an, où un parc de démonstration d'agriculture intelligente met l'intelligence artificielle, la robotique et les outils numériques au service des rendements, selon la présidence togolaise. C'est son septième voyage dans le pays.

Beau décor. Belles images.

Le déplacement n'a rien d'improvisé. La Chine est devenue le premier partenaire commercial du Togo, avec 5,43 milliards de dollars d'échanges en 2025, soit 55 % de plus en un an. Le 13 octobre, à Pékin, Xi Jinping et Faure Gnassingbé ont annoncé le rehaussement de la relation bilatérale d'un cran supplémentaire, dans le vocabulaire habituel de la diplomatie chinoise. Les cérémonies sont réussies, les communiqués aussi.

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Reste que l'agriculture n'est pas un secteur parmi d'autres. D'après le ministère japonais des Affaires étrangères, elle pèse environ 40 % du PIB et occupe près de 70 % de la population active. C'est le Togo réel, celui qui se lève avant le jour. Et la coopération agricole avec Pékin n'a rien d'une découverte : dès 2006, un accord de coopération technique est signé pour Kara, des experts chinois y sélectionnent trois variétés de riz et une de maïs adaptées au climat local, au moins quatre phases se succèdent jusqu'en 2012, le Togo devant assumer les frais de fonctionnement. L'objectif affiché était l'autosuffisance.

Vingt ans plus tard, on repart visiter un parc.

Que réclame le producteur ? Il l'a dit en 2023 à Dapaong, lors du premier Forum des producteurs agricoles du Togo (FoPAT), face au chef de l'État. Un producteur du canton de Tami, cité par L'Alternative, résumait la situation d'une formule : « nous manquons presque de tout ». Des tracteurs, des insecticides, des produits vétérinaires adaptés. Des retenues d'eau et des forages pour le maraîchage, demandés au président en personne.

Trois ans plus tard, la réponse tient en quelques lignes. En juin 2025, le ministère de l'Agriculture annonce un tracteur par préfecture pour les petits producteurs. Le coût : 40 000 francs CFA, une somme que certains ne peuvent supporter, selon les informations recueillies par L'Alternative. Les retenues d'eau ? Leur réalisation effective reste à établir. Les ouvrages existants, usés par le temps, attendent leur réhabilitation. Quant au FoPAT, ce cadre de concertation que l'appareil présentait comme un modèle, il n'a pas connu de deuxième édition.

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Ce n'est pas la technologie qui est en cause. Que le Togo regarde ce qui se fait ailleurs n'a rien de honteux. Ce qui est inacceptable, c'est l'ordre des priorités. L'agriculture intelligente suppose de l'eau, de l'électricité, du crédit, des conseillers de terrain, des routes pour évacuer la récolte. Le paysan de Tami n'a pas encore l'eau. Lui parler de robots, c'est lui parler de la lune.

En février 2026 encore, Faure Gnassingbé parcourait les zones d'aménagement agricole planifiées de Dankpen et de Binah, dans le nord, pour parler de souveraineté alimentaire, en reconnaissant que le gouvernement seul n'a pas toutes les réponses. On le croit volontiers.

Voilà le schéma, rodé jusqu'à l'usure : un discours, un voyage, un parc de démonstration, un communiqué de la présidence. Et pendant ce temps, le monde rural, dont dépendent la majorité des emplois du pays, attend un forage. Le procédé n'est d'ailleurs pas propre à Lomé : à Cotonou aussi, on rentre de Paris avec un chiffre rond et une addition qui reste à lire.

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Ces messieurs peuvent bien multiplier les visites, les parcs et les partenariats : tant que le producteur togolais n'a pas l'eau, un tracteur à sa portée et un forum où on l'écoute, l'agriculture intelligente restera ce qu'elle est aujourd'hui, une photo de voyage officiel.

Le paysan, lui, continue de manquer de tout. Le régime, de réponses.

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