Hôpitaux publics au Togo : sept ans après ses promesses, le régime est sommé de tenir parole

Lomé, 18 octobre 2026 — Temps de lecture estimé : 4 minutes

Au Togo, une promesse faite aux soignants a une longévité remarquable : elle survit à tout, sauf à sa mise en œuvre. Les ministres passent, les communiqués se succèdent, les hôpitaux s'effritent. Les engagements, eux, dorment dans les tiroirs.

Le 12 octobre 2026, le Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT) a saisi le ministre chargé de la Santé. Sa demande tient en une phrase : accélérer l'application des engagements pris par le gouvernement à l'issue des travaux sur le secteur public de la santé de 2018-2019. Sept ans ont passé. Le syndicat en est encore à demander l'accélération de ce qui devait être fait.

Le cahier de doléances est connu. Il réclame la revalorisation des primes de risque et de contagion, la mise en place effective de la fonction publique hospitalière, l'amélioration des rémunérations et des statuts, et le renforcement des effectifs. Le SYNPHOT appelle l'ensemble des agents de santé à rester mobilisés et vigilants. De prochaines actions syndicales seront annoncées officiellement.

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Pour mesurer l'usure de la patience, il faut remonter à janvier 2018. Le SYNPHOT paralysait alors le pays avec une grève nationale. Au CHU Sylvanus Olympio, plus grand établissement public du pays, plusieurs services étaient fermés et les urgences seules restaient ouvertes. Des organisations syndicales internationales décrivaient des urgences sans matériel de premiers secours.

Le régime a répondu à l'époque par des promesses. En juillet 2019, le Premier ministre d'alors, Komi Selom Klassou, a présenté aux syndicats du secteur un plan : bonification d'ancienneté pour les contractuels intégrés à la fonction publique, quota réservé lors des concours, nouveau recrutement pour gonfler les effectifs, un scanner performant dans chaque région. Gilbert Tsolenyanou, président du groupe de travail et secrétaire général du SYNPHOT, a salué ce plan.

On connaît la suite. En juin 2026, le même syndicat convoquait des assemblées générales dans le Grand-Lomé après l'échec de plusieurs rounds de discussions avec les directions régionale et préfectorale. Ses griefs : des affectations jugées punitives dans le district sanitaire du Golfe, des salaires non harmonisés avec la grille de la fonction publique, des primes de garde, d'astreinte et de risque de contagion impayées, des ristournes 2025 versées sans transparence.

Cette méthode, le secrétaire général Atchi Walla l'avait résumée au micro de Victoire FM. Après l'adoption du statut général, disait-il, « on ne voit rien ». Quatre mots pour tout un système : on signe, on célèbre, on oublie.

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Le régime aime pourtant parler de santé. Il a lancé en 2025 le Projet des Établissements Hospitaliers, présenté comme la grande réorganisation des hôpitaux. Il inaugure des bâtiments, brandit des plans, vante la modernisation. Ce que le citoyen constate au chevet de ses proches ne dit pas la même chose.

Selon l'Afrobarometer, 56 % des Togolais se disent insatisfaits de l'action de leur gouvernement pour améliorer les services de santé de base. Les répondants déplorent les longues attentes, les infrastructures délabrées, les pénuries de médicaments et l'absence de personnel soignant. Beaucoup avouent avoir dû verser des pots-de-vin pour être soignés. Voilà l'état réel de la santé publique, loin des cérémonies.

Les murs d'un hôpital ne soignent personne. Ce sont des femmes et des hommes qui soignent, à condition d'être en nombre suffisant, formés, payés et protégés. Quand le personnel manque de tout, comme le constate le syndicat, c'est le malade qui paie. Il paie en attente, en transferts de dernière minute, parfois en vies perdues.

L'appareil connaît cette équation. Il sait aussi que la prime de risque n'est pas un cadeau mais la reconnaissance d'un danger que les soignants affrontent chaque jour. Il sait que la fonction publique hospitalière n'est pas une faveur mais une promesse écrite. Faute de tenir cette parole, il ne reste plus au régime que la patience d'autrui.

Le SYNPHOT a mis le ministre en demeure. Le pays sait désormais de quel côté se trouve la défaillance : chez ceux qui ont signé en 2019 et attendent toujours d'honorer leur signature.

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