Russes au Togo : Robert Dussey ne démonte pas la présence, il la rebaptise

 

Lomé — 24 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Il existe une vieille méthode, dans les palais qui ont quelque chose à cacher : ne jamais démentir le fait, seulement le mot. On ne conteste pas la présence, on conteste l'étiquette. Le soldat devient conseiller, l'escorte devient coopération, et tout le mensonge repose sur une nuance de vocabulaire.

Mercredi 23 septembre, sur France 24, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, Robert Dussey a servi la version maison. Face aux informations selon lesquelles plus de 300 membres de l'Africa Corps russe seraient présents au Togo, le chef de la diplomatie a martelé : « Nous n'avons pas de mercenaires russes. » Puis il a lâché l'essentiel : des formateurs étrangers, russes compris, viennent entraîner les forces togolaises sur le matériel acheté, comme pour n'importe quel hélicoptère, qu'il soit français, américain, chinois ou russe.

Ce démenti arrive avec deux mois de retard. Le 20 juillet, plusieurs formations de l'opposition, la DMK-Originale, la DMP, la LDP et le front Touche Pas À Ma Constitution, réclamaient un débat public sur la présence de forces étrangères, russes et turques, dans les Savanes. Les effectifs, les lieux de déploiement et les missions de ces personnels n'ont jamais été détaillés par les autorités, rappelait Koaci. La réponse n'est venue ni de l'Assemblée nationale ni d'une adresse à la nation. Elle est venue d'une chaîne française que le régime a fait suspendre chez lui depuis juin 2025.

Le peuple togolais aura donc appris la position de son gouvernement par le média que ce même gouvernement a fait couper. Il fallait y penser.

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Le dossier ne date pas d'hier. En 2025, Lomé a signé avec Moscou un accord de coopération militaire qui prévoit la formation de soldats togolais par des instructeurs russes, des échanges de renseignements, des exercices conjoints et un accès réciproque à certaines infrastructures militaires et portuaires. Le 19 novembre 2025, à l'issue de sa rencontre avec Faure Gnassingbé au Kremlin, Vladimir Poutine annonçait l'ouverture d'une ambassade de Russie à Lomé en 2026. On ne bâtit pas une telle architecture pour livrer un mode d'emploi d'hélicoptère.

Reste la preuve, et elle ne vient pas de l'opposition. Dans son bulletin du 30 juillet 2026, le Critical Threats Project établit que la Russie a déployé des forces de l'Africa Corps au Togo et expédié, pour la première fois, du matériel militaire à destination du Mali par le port de Lomé. Des soldats de l'Africa Corps basés au Mali sont arrivés dans la capitale le 10 juillet pour escorter le convoi, blindés et canons antiaériens compris, qui a traversé le Togo puis le sud-ouest du Burkina Faso avant de rejoindre Bamako le 25 juillet.

Le ministre parle de formateurs. Les convois, eux, parlent d'escortes armées. Lomé n'est plus seulement un port : c'est devenu la plateforme logistique d'une force placée sous l'autorité du ministère russe de la Défense. Le mot mercenaires est un leurre commode, puisque l'Africa Corps n'est pas une milice privée. C'est une armée d'État, ce qui, pour un pays qui vante sa souveraineté à chaque tribune, est bien plus embarrassant.

Le même entretien a livré d'autres morceaux de bravoure. Les relations avec la France, a assuré Robert Dussey, n'ont jamais été difficiles, tout au plus a-t-il concédé quelques malentendus. Le malentendu en question se nomme Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, deux réalisateurs français arrêtés le 27 juillet dans le nord du pays avec leur fixeur togolais Fred Vedomey. Détenus plus d'un mois, ils n'ont été remis en liberté provisoire que le 1er septembre, et restent poursuivis pour fausses déclarations. Un malentendu qui a duré cinq semaines et que France 24 et RFI, toujours suspendues, n'ont pas eu le droit de raconter aux Togolais.

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Même réflexe sur l'enquête du consortium coordonné par Forbidden Stories, à laquelle France 24 a participé : elle porte sur les accords migratoires conclus entre des pays africains et l'administration Trump, et évoque des personnes expulsées des États-Unis vers le Ghana qui se seraient retrouvées au Togo. Le ministre écarte tout cela en le qualifiant de fausses informations, sans que le régime ait jamais ouvert ses dossiers pour le prouver.

Même schéma, enfin, pour le Sahel. Robert Dussey plaide pour qu'on n'isole pas le Mali, le Burkina Faso et le Niger, présentés comme une digue contre l'extrémisme violent. Il juge aussi que l'extrême nord du Togo est bien plus paisible qu'il y a quatre ans, tout en reconnaissant que les groupes jihadistes ont repris l'initiative au Mali et que le danger est partout. Un nord apaisé n'exige ni convois escortés, ni accords d'accès aux ports, ni ambassade neuve. Un nord menacé, en revanche, mérite mieux qu'un démenti en direct depuis New York.

Voilà ce qu'on veut faire oublier : une décision qui engage la souveraineté du pays, prise sans débat, sans vote, sans le moindre compte rendu aux Togolais dont les soldats, les routes et le port sont mis à contribution. Le régime n'a pas nié la présence russe. Il l'a rebaptisée. Et un pouvoir qui doit changer le nom de ses invités pour les faire accepter est un pouvoir qui n'ose pas les assumer.

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