Lomé — 23 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes
Il existe une méthode que le pouvoir d'Abidjan applique avec constance : quand une filière saigne, on lui annonce une structure. Un institut, un conseil, un programme, un sigle de plus. Le sigle se lit tout de suite, l'argent arrive plus tard.
Ce mercredi 23 septembre 2026, à l'issue du Conseil des ministres présidé par Alassane Ouattara, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a annoncé la création de l'Institut du Café et du Cacao, l'I2C. Placé sous la responsabilité du ministère de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, il doit doter le pays d'un dispositif de recherche consacré à ses deux principales cultures de rente.
Le décor est planté à Divo, sur le site de la station du Centre national de recherche agronomique, où reposent des banques de gènes et des parcelles expérimentales matures de cacao et de café. Le gouvernement promet un environnement de recherche optimal, des technologies de pointe, un capital humain hautement spécialisé et un réseau d'universités, de pôles d'excellence régionaux et d'organisations internationales. La mission affichée : « reprendre l'initiative scientifique sur le café et le cacao », selon les termes rapportés par Abidjan.net.
Reprendre l'initiative. Le verbe dit tout. On ne reprend que ce qu'on a laissé filer.
Car Divo n'est pas une terre vierge. La station du CNRA y travaille déjà sur la sélection variétale, la fertilisation, l'agroforesterie et la lutte contre les maladies, comme ses chercheurs l'ont exposé aux Journées nationales du cacao et du chocolat, début septembre. Sa variété « Mercedes », baptisée ainsi par les planteurs eux-mêmes, peut atteindre 2,5 tonnes à l'hectare quand les itinéraires techniques sont respectés. Et dès octobre 2025, le Conseil du Café-Cacao prévoyait déjà la construction d'un centre de recherche de pointe à Divo. La promesse n'est pas neuve. Elle change simplement de sigle.
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Reste le contexte dans lequel l'annonce tombe. Le 1er septembre, à l'ouverture des Journées nationales du cacao et du chocolat, le ministre Bruno Nabagné Koné a fixé le prix bord champ du cacao à 1 200 francs CFA le kilo pour la campagne 2026-2027. Il était de 2 800 francs la saison précédente, un record. La baisse atteint 57,1 %. Le café passe de 1 700 à 1 300 francs. Pour une tonne vendue, le planteur touche 1,2 million de francs au lieu de 2,8 millions.
Le ministre a justifié ce choix par la nécessité de préserver l'équilibre budgétaire du mécanisme de commercialisation, dans un marché mondial qu'il juge très volatil. Les cours, eux, avaient frôlé les 13 000 dollars la tonne en décembre 2024 et dépassaient encore 6 500 dollars fin août 2026. L'équilibre du mécanisme se règle, une fois de plus, sur le dos de celui qui récolte.
Pendant ce temps, on exige beaucoup de ce même planteur. Selon le Conseil du Café-Cacao, le Système national de traçabilité a enregistré 50 085 tonnes d'achats entre le 7 et le 20 septembre, auprès de 70 525 producteurs, par l'intermédiaire de 770 sociétés coopératives et acheteurs agréés. Les déchargements dans les ports d'Abidjan et de San Pedro progressent de 51,6 % sur un an à la même date. L'Union européenne absorbe près de 70 % des débouchés du cacao ivoirien et ses exigences se durcissent. Le planteur s'exécute : carte, enregistrement, vente numérisée. Puis on lui annonce le prix.
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On sait donc tracer chaque fève, de la parcelle jusqu'au port. On ne sait pas, ou on ne veut pas, garantir un revenu qui tienne. La machine de traçabilité tourne ; les exportateurs, eux, attendent encore leurs financements de campagne auprès des banques, ce qui explique l'accélération des achats espérée seulement à partir du 21 septembre.
Le vrai chantier est ailleurs, et il est connu. Des vergers que le swollen shoot ronge depuis plus d'une décennie dans la région du Gôh. Des producteurs à qui le directeur général du Conseil du Café-Cacao demande d'attendre la fin d'essais complémentaires avant d'appliquer un traitement issu de l'université Nangui Abrogoua. On ne guérit pas un cacaoyer avec un communiqué.
Et l'institut, alors ? Aucun montant, aucune date d'ouverture, aucun statut juridique n'accompagnent l'annonce dans le compte rendu publié par Abidjan.net. On sait où il sera construit, pas quand il fonctionnera ni avec quels moyens. Un décor, sans budget connu.
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Personne de sérieux ne conteste qu'une recherche solide soit indispensable au premier producteur mondial de cacao, qui pèse environ 40 % des volumes de la planète. Mais un institut ne se sèche pas au soleil et ne se vend pas au kilo. Le planteur, lui, vend à 1 200 francs.
Le pouvoir d'Abidjan a choisi de parler de laboratoires à l'heure où les cacaoyers parlent de revenus. Le prix reste ce qu'il est, 1 200 francs le kilo. L'institut, lui, reste une promesse.