Lomé — 21 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes
Il existe une règle non écrite dans les républiques qui empilent les institutions : les budgets grimpent toujours plus vite que les résultats. Quand l'organe est consultatif, la règle s'applique avec un confort maximal, puisque nul ne peut mesurer ce qu'il n'a pas encore rendu. Le Conseil économique et social du Bénin vient d'en offrir une démonstration.
Le mercredi 16 septembre 2026, le CES a approuvé son projet de budget pour l'exercice 2027 : 5,295 milliards de francs CFA, adoptés à l'unanimité lors de sa deuxième session ordinaire de l'année. C'est 13,94 % de plus que le budget consolidé de 2026. Hausse à deux chiffres, vote sans la moindre voix dissonante, présentation en plénière après passage devant la commission de l'économie, des finances et de l'entrepreneuriat. Tout est réglé comme du papier à musique.
L'unanimité, ici, n'a rien d'un accident. Le 22 juillet, Abdoulaye Bio Tchané était élu à la tête de l'institution par 21 voix sur 21. L'ancien ministre d'État chargé du Développement et de la Coordination de l'action gouvernementale, ancien président de la BOAD et président du Bloc républicain, dirige désormais la troisième institution de la République. Vingt et un conseillers, vingt et une voix : la pluralité a rarement été aussi discrète.
Le décor est connu. Le CES sort d'une réforme lancée en 2024 : la loi organique du 17 juillet 2024, modifiée en mars puis en juillet 2026, a revu ses missions et renforcé son ancrage territorial. Sa huitième mandature est installée depuis la fin juillet, avec un bureau composé de personnalités qui occupaient encore récemment les sommets de l'État : Bio Tchané à la présidence, Conrad Gbaguidi, également Médiateur de la République, et Pascal Essou aux vice-présidences. Une institution chargée de conseiller les pouvoirs publics, conduite par ceux qui les incarnaient hier.
Lire aussi : Togo : à la pompe, le prix de la solidarité s'arrête là où commence l'argent du pouvoir
Reste l'ordre des priorités, qui se passe de commentaire. La session en cours court du 15 septembre au 14 octobre. Elle prévoit l'examen du budget du CES, celui du projet de loi de finances 2027 et, chose inédite, l'élaboration d'un avis sur l'état économique et social du Bénin. Le budget est déjà voté ; l'avis, lui, est toujours attendu.
L'institution assure que cette hausse s'inscrit dans le cadre des dépenses à moyen terme 2025-2029 et doit accompagner les actions programmées. Lesquelles ? Les chiffres sont publiés ; les résultats, eux, restent à démontrer.
À son arrivée, Bio Tchané a pourtant fixé quatre piliers : accroître l'utilité directe du CES dans la formulation des politiques publiques, renforcer la proximité avec la population, dynamiser le dialogue entre institutions et élargir l'ouverture internationale. Le programme séduit sur le papier. Le premier pilier, l'utilité, se juge cependant sur pièces, et les pièces ne sont pas encore là.
L'inflation institutionnelle ne s'arrête d'ailleurs pas au CES. La même semaine, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité son budget 2027 de 31,64 milliards FCFA. Son président, Joseph Djogbénou, estime que la baisse de 4,37 % par rapport à 2026, liée à la fin des frais d'installation des élus, n'est qu'apparente. La CCI Bénin a voté de son côté, le 18 septembre, 6,6 milliards FCFA, dont 2,1 milliards d'investissements.
Reste le Sénat, né de la révision constitutionnelle de novembre 2025, réuni le 17 septembre sous la présidence de Patrice Talon pour arrêter son propre budget. Avant ce vote, plusieurs sénateurs interrogés ont préféré taire le montant. L'un d'eux, Ousmane Batoko, a seulement évoqué « plusieurs milliards de francs CFA », selon Bip Radio.
Plusieurs milliards. Le compte y est, la précision non.
Pendant que les chambres arrêtent leurs enveloppes, les préoccupations du terrain ne se votent pas à l'unanimité. À Kandi, dans l'Alibori, lors de la tournée du président du CES dans les départements, les échanges ont porté sur la sécurité et la transhumance. Dans les bassins méridionaux, la campagne cotonnière 2026-2027 démarre sous un premier signal de vigilance pluviométrique. Ce sont des sujets sur lesquels un conseil économique et social a, en principe, quelque chose à dire, et vite.
Lire aussi : Togo : l'État compte les pauvres, mais ne les sort pas de la pauvreté
Voilà ce que le calendrier voudrait faire oublier. D'abord le budget, en hausse, voté à l'unanimité. La reddition des comptes viendra après, si elle vient.
Le CES a désormais son budget. Le Bénin, lui, n'a toujours pas son avis et devra patienter jusqu'à la fin de la session, le 14 octobre, pour savoir ce que valent ces milliards. Dans une République qui se dit sérieuse, on justifie la dépense avant de la voter. Ici, l'appareil a préféré l'inverse.