Togo : à la pompe, le prix de la solidarité s'arrête là où commence l'argent du pouvoir

Lomé — 15 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Il y a une méthode que ce régime maîtrise à la perfection : faire payer aux Togolais la facture de choix qu'ils n'ont jamais votés. Chaque fois que le monde tremble, c'est le porte-monnaie du citoyen lambda qui encaisse le choc, jamais celui du pouvoir.

Depuis ce vendredi 11 septembre 2026, les prix à la pompe ont de nouveau explosé au Togo. Un arrêté interministériel, publié sans concertation ni débat, a fait passer le litre de super sans plomb de 725 à 817 F CFA. Le pétrole lampant grimpe à 1 056 F CFA, le gasoil à 766 F CFA, et le mélange deux temps franchit la barre des 896 F CFA. En un peu plus de trois mois, le super sans plomb aura pris 137 F CFA, soit plus de 20 % d'augmentation.

Ce n'est pas une première. Le 27 mai dernier déjà, les autorités avaient relevé les prix en invoquant la guerre entre les États-Unis et l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz. C'est exactement le même argument qui ressort aujourd'hui, recyclé, prêt à l'emploi, comme si la géopolitique du Moyen-Orient justifiait tout, tout le temps, indéfiniment.

Pourtant, à y regarder de près, l'argument tient mal. Le carburant consommé au Togo vient en grande partie du Nigéria, à quelques centaines de kilomètres de Lomé, et non d'un tanker perdu quelque part entre le golfe Persique et le détroit d'Ormuz. Invoquer sans relâche une crise lointaine pour justifier une décision purement nationale, c'est prendre le citoyen togolais pour quelqu'un qui ne sait pas lire une carte.

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Le ministère de l'Énergie, lui, s'en tient à sa ligne officielle. Il rappelle que « le prix du carburant au Togo est directement dépendant des fluctuations du baril » sur le marché mondial. Une explication technique, presque désincarnée, qui ne dit jamais un mot des ménages qui, eux, n'ont pas la moindre marge de manœuvre face à la hausse.

Car pendant que le gouvernement parle de baril et de taux de change, le budget de l'État raconte une tout autre histoire. L'enveloppe des subventions pétrolières, censée amortir le choc pour la population, est passée de 25 milliards de F CFA en 2025 à seulement 14,2 milliards pour 2026. Une coupe nette, décidée pendant que Lomé multiplie les sommets ministériels, les opérations diplomatiques et les grands raouts internationaux. L'argent existe. Il va ailleurs.

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Le timing, lui, ne doit rien au hasard. Cette flambée des prix tombe à quelques jours de la rentrée scolaire, au moment précis où les familles togolaises devaient déjà jongler entre fournitures, frais de scolarité et nourriture. Les commerçants de fournitures scolaires le savent : les prix des cahiers, des sacs et des uniformes vont eux aussi grimper, portés par le coût du transport. La hausse du carburant ne reste jamais isolée. Elle se propage, silencieuse, dans chaque produit du quotidien.

On nous parlera sans doute, dans les prochains jours, de "bouclier social" et de mécanisme d'ajustement, cette formule que le pouvoir ressort à chaque flambée pour se donner l'air responsable. Mais un bouclier qui laisse passer le coup à chaque fois n'est plus un bouclier : c'est un décor.

Le Togo n'est pas seul à traverser cette zone de turbulences pétrolières. Le Sénégal, la Côte d'Ivoire et bien d'autres capitales ouest-africaines ont, elles aussi, dû ajuster leurs prix ces derniers mois. Mais ailleurs, les gouvernements publient au moins des chiffres précis sur l'ampleur de la hausse des cours et sur le poids réel supporté par l'État. À Lomé, on préfère la formule vague et la référence géopolitique qui dispense d'expliquer.

Pendant ce temps, la Ligue des consommateurs du Togo réclame depuis des mois un alignement des prix sur la baisse des cours internationaux quand elle survient — en vain. La logique est toujours à sens unique : les hausses passent en quelques heures, les baisses, elles, se font attendre des années.

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Un dirigeant soucieux de son peuple aurait anticipé, amorti, échelonné. Il aurait choisi de rogner sur les frais de représentation avant de rogner sur le pain des familles. Ici, c'est l'inverse qui se joue, encore une fois : le confort du sommet avant le confort du foyer.

Les Togolais, eux, n'ont pas besoin d'un communiqué interministériel pour savoir ce qu'ils vivent. Ils le lisent chaque matin sur l'écran de la pompe à essence, et chaque soir dans une assiette qui rétrécit.

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