Burkina : le régime veut arrêter les voleurs de bétail avec une puce dans la panse des bœufs

Lomé — 21 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Il y a une constante dans la manière dont ce régime traite l'insécurité : il lui cherche toujours une réponse qui tienne dans un communiqué. Une cérémonie, un montant en milliards, un appareil qui bipe. Le voleur de bétail, lui, n'a pas été invité.

Samedi 19 septembre 2026, à Kombissiri, dans la région du Nazinon, le ministre d'État Ismaël Sombié et le ministre délégué aux Ressources animales, Amadou Dicko, ont lancé ensemble quatre campagnes : déparasitage, vaccination, insémination artificielle et digitalisation de l'identification des animaux. C'est ce dernier volet qui est vendu comme l'arme contre le vol de bétail.

Le principe est simple : un dispositif électronique implanté dans la panse de l'animal, qu'un lecteur permet d'identifier avant de remonter jusqu'à son propriétaire. L'ensemble des opérations coûte à l'État plus de deux milliards de francs CFA, soit environ 3,3 millions d'euros selon l'Agence de presse africaine.

Sur le papier, la voilure impressionne : plus de 18 millions de volailles, 5 millions de bovins et plus de 5 millions de petits ruminants à vacciner, 100 000 bovins à inséminer. Mais sur le seul volet qui touche au vol, elle rétrécit d'un coup : 300 000 bovins seront identifiés électroniquement. C'est 6 % des 5 millions de bovins que la même campagne vise à vacciner. Pour une opération dite nationale, le compte y est moins.

Le ministre délégué met par ailleurs en avant des vaccinations subventionnées depuis 2023, de 80 % jusqu'à la gratuité totale, et une centrale d'achat de médicaments vétérinaires à prix réduits. Ces points-là, personne ne les conteste. Un vaccin protège la bête contre la maladie. Rien dans cette annonce ne la protège contre l'homme armé qui vient la chercher.

Lire aussi : Sénégal : 11,7 milliards de FCFA pour sauver les mangues que la Casamance laisse pourrir

Le mal que ces messieurs prétendent soigner n'a pourtant rien d'un larcin de village. Au Sahel, le vol de bétail est devenu un moyen de financement des groupes jihadistes, documente Jeune Afrique, avec des opérations de plus en plus violentes où les éleveurs sont parfois enlevés ou exécutés. À la frontière burkinabè-ivoirienne, une enquête de terrain menée dans le Bounkani décrit un mécanisme rodé : les habitants fuient sous la menace, et les groupes armés s'emparent ensuite des troupeaux sans être inquiétés.

Le ministre Dicko a lui-même fixé l'ambition. Ces outils doivent permettre, a-t-il déclaré selon Burkina24, de « reconnaître tous les animaux volés, tous les troupeaux perdus », afin de limiter le vol. Tout est dit. Reconnaître un animal volé, c'est admettre qu'il l'a déjà été. Un lecteur électronique intervient après le raid, après la fuite des éleveurs, après le franchissement de la frontière.

Or c'est sur le terrain de la sécurité que le pouvoir militaire est attendu. Un rapport de synthèse sécuritaire de janvier 2026, publié par les services d'asile belges, décrit le JNIM comme le groupe jihadiste le plus actif du pays, présent dans sa majeure partie et doté d'une large liberté de mouvement. Entre septembre 2024 et septembre 2025, les groupes jihadistes ont été quatre fois plus souvent à l'initiative des affrontements que les forces burkinabè. Face à des groupes qui circulent librement, une puce dans une panse pèse peu.

Lire aussi : Togo : l'État compte les pauvres, mais ne les sort pas de la pauvreté

Le régime du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d'État en septembre 2022, ne manque pourtant pas d'énergie quand il s'agit de contrôler. En mai dernier, la Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes saisissait des remorques de bétail qui tentaient de quitter le pays malgré l'interdiction d'exporter alors en vigueur. Le camion clandestin, on sait l'arrêter. Le razzieur armé, c'est une autre affaire.

Ce que le monde de l'élevage a pourtant le droit de savoir tient en trois questions : combien de bêtes sont volées, combien de troupeaux sont retrouvés, combien de voleurs sont jugés. Les comptes rendus d'APA et de Burkina24 n'en donnent aucun. On y trouve en revanche les milliards, les vaccins et la promesse de moderniser la filière. Toujours la même méthode : le chiffre qui rassure à la place du chiffre qui dérange.

Un lecteur électronique ne défend pas un troupeau, il en établit la perte. Le régime a choisi de montrer sa modernité là où les éleveurs attendaient sa protection, et une panse bien identifiée ne fera jamais office de politique de sécurité.

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne

Gérer le consentement aux cookies

Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations sur votre appareil. Consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer votre consentement pourrait affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.