Lomé, 30 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes
Au Togo, quand un problème dure trop longtemps, l'appareil ne le règle pas : il le transforme en contrôle. Un badge, une caméra, une vignette. Et si le mal persiste, on ajoute une couche.
Le Port autonome de Lomé (PAL) vient d'en poser une de plus. Toute personne et tout véhicule entrant ou sortant des môles 1 et 2 fera désormais l'objet d'une fouille systématique. La direction générale affiche son objectif : endiguer les vols de marchandises sur les quais.
Les chiffres du site donnent la mesure de l'enjeu. Le môle 1 s'étire sur 366,5 mètres et compte quatre postes à quai pour les marchandises conventionnelles. Le môle 2, sur 250 mètres, reçoit les porte-conteneurs. À l'échelle d'un port bâti sur 900 hectares, seul port en eau profonde et port franc d'Afrique de l'Ouest, ce sont les deux quais les plus exposés.
Le PAL n'est pas un entrepôt ordinaire. Il concentre environ 90 % du commerce extérieur togolais et 75 % des recettes fiscales du pays. Il est aussi le débouché maritime du Burkina Faso, du Mali et du Niger, qui n'ont pas d'autre choix que d'y faire transiter leurs conteneurs. Un port de cette importance doit être protégé, personne ne dit le contraire.
Mais lisons l'annonce jusqu'au bout. La fouille ne remplace rien : contrôle des accès par vignettes, badges magnétiques, vidéosurveillance et contrôle des conteneurs « restent en vigueur », précise le texte publié par République Togolaise. Autrement dit, tout l'arsenal existant n'a pas suffi. Les vols, que la publication elle-même qualifie de point de vulnérabilité connu, continuent.
Connu de qui ? De ceux qui dirigent le port, évidemment. Le problème n'est pas tombé du ciel cette semaine. Il est là, documenté, toléré, pendant que les systèmes sophistiqués s'empilaient sans résultat visible.
Pathétique ? Pas encore. Révélateur, certainement.
Car le même port, depuis des mois, est traversé par un conflit social que sa direction traite par le silence. Le Syndicat des agents du Port autonome de Lomé (SYAPAL) a déposé le 8 juin un préavis de grève de 72 heures pour le 25 au 27 juin. Les revendications sont élémentaires : un statut du personnel, des pauses journalières, un repos hebdomadaire, la rémunération des heures supplémentaires, la déclaration des dockers occasionnels à la CNSS.
Le syndicat a pourtant suspendu son mot d'ordre. Sa résolution du 20 juin est explicite : il choisit « la voie du dialogue social », selon Icilome, et accorde à l'administration trente jours, du 22 juin au 21 juillet, pour répondre à douze points de revendication. Trente jours pour discuter. L'administration portuaire n'a rien apporté de satisfaisant, affirme le SYAPAL.
Le 11 août, les agents ont débrayé pour 72 heures. L'AFP, citée par Bénin Web TV, rapporte des activités ralenties sur une partie de la plateforme. Les médias officiels ont répondu « pleine activité ». Et l'administration a ajouté que le SYAPAL ne figurerait pas parmi la dizaine de syndicats officiellement reconnus au port. Une façon commode de ne pas négocier avec quelqu'un : décréter qu'il n'existe pas.
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Retour à la fouille. Le texte ne désigne aucun coupable. C'est précisément son défaut : une fouille systématique ne cible personne parce qu'elle soupçonne tout le monde. Le docker qui soulève les charges, le chauffeur qui attend son tour, l'agent qui n'a jamais obtenu ses primes : tous passent au même contrôle, à l'entrée comme à la sortie.
Et ce que l'annonce ne dit pas en dit long. Combien de vols ? Quelle valeur de marchandises disparue ? Quelles enquêtes, quelles poursuites, quelles sanctions ? Quel maillon de la chaîne de sûreté a cédé ? Le texte publié ne répond à aucune de ces questions. Il annonce une mesure, pas un bilan.
Ce qu'on veut nous faire regarder, c'est la barrière et le fouilleur. Ce qui compte vraiment, c'est ailleurs : des travailleurs sans statut clair, des dockers occasionnels dont la déclaration à la sécurité sociale fait encore débat, des heures supplémentaires qui attendent leur paiement. Le Journal du Togo rappelle que le port emploie plus de 3 000 dockers et agents, dans une entreprise déjà fragilisée par une dette importante.
On mesure alors l'ironie. Des milliers de salariés dont les droits restent en suspens sont désormais traités en suspects potentiels. La confiance, qui ne coûte rien à la direction, est la seule chose qu'elle ne fournit pas.
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Un port qui pèse 75 % des recettes fiscales mérite d'être protégé. Il mérite d'abord d'être bien géré. Une fouille à la porte ne remplace ni une enquête sur les vols, ni un dialogue social digne de ce nom, ni des comptes rendus à ceux qui en paient le prix.
Une sécurité qui commence par soupçonner ceux qui font tourner les grues n'est pas de la sécurité. C'est de la communication.