Togo — Port de Lomé : quand la direction générale préfère l'intox à la table des négociations

Lomé, 12 août 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes

Au Togo, il y a une méthode qui ne se dément jamais : ignorer, temporiser, puis nier. Face à des travailleurs qui réclament simplement le respect d'un texte vieux de cinquante ans, l'administration ne négocie pas, elle attend que la colère s'essouffle. Cette fois, c'est le poumon économique du pays qui en a payé le prix.

Depuis mardi 5 heures du matin, les agents du Port autonome de Lomé (PAL) observent une grève de 72 heures, à l'appel du Syndicat des agents du port autonome de Lomé (SYAPAL). Le quai est vide, les grues sont à l'arrêt, et le chef du Service de main d'œuvre portuaire (SMOP) passe ses coups de fil en catastrophe pour recruter des remplaçants de fortune. Un tableau que ce régime aurait préféré ne jamais voir circuler.

Rien de spontané dans ce mouvement. Le 8 juin déjà, le SYAPAL déposait un premier préavis de grève pour dénoncer l'absence de réponse à douze points de revendications portés depuis 2025 : statut du personnel, paiement des heures supplémentaires, déclaration des dockers occasionnels à la sécurité sociale. Deux séances de conciliation, les 10 et 16 juin, avaient suffi à convaincre le syndicat de lever son mot d'ordre et d'accorder un délai de grâce de trente jours à la direction. Un geste de bonne foi que l'administration a traité comme une victoire à encaisser plutôt qu'un engagement à honorer.

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Le délai a expiré le 21 juillet. Silence. Un rappel le 9 juillet, un autre le 20 juillet. Toujours rien. « Aucune réaction officielle de la direction générale du port concernant les 12 points de revendications », résume le syndicat, qui accuse désormais l'administration d'avoir « utilisé la conciliation pour faire échec à la grève, sans aucune intention de négocier ». Le 27 juillet, faute de mieux, un nouveau préavis est déposé. La grève démarre mardi, comme prévu, et le syndicat annonce vouloir saisir la justice pour obtenir réparation collective et individuelle.

Sur le terrain, la répression administrative ne s'est pas fait attendre. Le chef service du port a sommé les grévistes présents sur le site de partir purement et simplement, les accusant de « diffuser des messages d'intoxication » en transmettant photos et vidéos à la presse. Les agents, eux, tiennent bon. « Nous sommes là, nous surveillons », confie l'un d'eux, refusant de quitter les lieux avant l'arrivée de l'équipe de 14 heures.

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Plus troublant encore : la direction générale n'a pas eu besoin de se salir les mains. D'autres syndicats du secteur portuaire — SYNADOCKTO, SYNLIDOCKTO, SYNREDOCTO, SYDOCKT — se sont chargés eux-mêmes de faire pression sur les grévistes, allant jusqu'à les menacer de conséquences s'ils persistaient. Une réunion tenue en pleine grève, en présence du chef service du port, a vu ces organisations exhorter leurs propres collègues à « faire profil bas », leur promettant des négociations dont le contenu n'a jamais été communiqué ni au SYAPAL ni aux travailleurs. Sur le port, on ne les appelle plus autrement que les syndicats vendus.

Et comme si l'humiliation ne suffisait pas, une partie de la presse proche des intérêts portuaires a entrepris, dès le lendemain, de nier purement et simplement que la grève ait eu lieu — évoquant une simple « rumeur » et un syndicat qui ne serait pas officiellement reconnu par l'administration. Le message est clair : quand on ne peut pas casser une grève, on la fait disparaître des récits.

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Ce qui se joue au Port autonome de Lomé dépasse la question des heures supplémentaires ou des cotisations sociales impayées. C'est la même mécanique que l'on retrouve partout ailleurs dans ce pays : une administration qui use la patience de ceux qui la font vivre, qui instrumentalise des intermédiaires dociles pour casser les mobilisations, et qui, en dernier recours, mise sur le silence médiatique pour faire croire que rien ne s'est passé. Le port, présenté comme le premier hub à eaux profondes d'Afrique de l'Ouest et vitrine de la « compétitivité » togolaise, ne tient debout que grâce à des agents que la direction générale traite comme une variable d'ajustement.

Les dockers et agents du PAL, eux, n'ont pas cédé. Le préavis court jusqu'à jeudi 23h59, et le SYAPAL a déjà prévenu qu'à défaut de réponse, la voie judiciaire prendra le relais. L
e pouvoir peut bien continuer de nier l'évidence des quais déserts : les travailleurs, eux, savent très bien pourquoi ils sont là.

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