Abidjan, 7 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes
Il y a une chorégraphie que l'Afrique de l'Ouest connaît par cœur : dès qu'un pouvoir veut se donner des airs de grande puissance économique, il convoque le gotha financier mondial dans un palace, sort les tapis rouges, et fait défiler les éloges des bailleurs de fonds pendant deux jours. Pendant ce temps, la vie continue, dure et inchangée, pour ceux qui ne seront jamais invités à la table.
Les 8 et 9 juillet, le gouvernement ivoirien réunit au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire son Groupe consultatif consacré au financement du Plan National de Développement 2026-2030. Gouverneurs de banques centrales, fonds souverains, banques commerciales, agences de notation, investisseurs institutionnels : tout le monde qui compte dans la finance internationale sera là, sourire aux lèvres, calculette à la main. L'objectif affiché est limpide — mobiliser 11 138,2 milliards de FCFA de financements extérieurs pour boucler un plan chiffré à 114 838,5 milliards de FCFA.
Ce PND, le quatrième depuis 2012, a été adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale en avril puis par le Sénat en mai. Il repose à 70,2 % sur le secteur privé, le reste — environ 34 224 milliards de FCFA — devant être porté par l'État. Officiellement, il s'agit de faire de la Côte d'Ivoire une nation à revenu intermédiaire supérieur d'ici 2030, avec une croissance moyenne promise de 7,2 % par an. Sur le papier, tout est millimétré. Sur le terrain, l'histoire est nettement moins linéaire.
Car avant même que les investisseurs ne posent leurs valises à Abidjan, le gouvernement avait déjà fait sa tournée de séduction à Paris, où le ministre du Plan a présenté le portefeuille de projets au patronat français, avant de multiplier les rencontres avec le Trésor et l'Agence française de développement. Selon le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, ce Groupe consultatif doit permettre de renforcer le partenariat avec les institutions financières internationales et les investisseurs pour soutenir la mise en œuvre du plan. Une phrase qui se veut rassurante, mais qui ne dit rien de ce que les Ivoiriens attendent réellement voir changer dans leur quotidien.
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Parce que pendant que le Sofitel se remplit de costumes-cravates et de discours sur la résilience macroéconomique, le pays reste marqué par des fractures que même les documents officiels ne parviennent plus à cacher. Le taux de pauvreté est estimé à 37,5 % de la population, la dette publique frôle les 59 % du PIB, et le service de cette dette absorbe déjà plus de 37 % des recettes de l'État. Le gouvernement promet de ramener la pauvreté sous les 20 % d'ici 2030 : un objectif répété depuis des années, sans que la trajectoire réelle rassure grand monde.
Même au sein du Parlement qui a validé ce plan, les critiques n'ont pas manqué. Des groupes parlementaires ont jugé les prévisions de réduction de la pauvreté et d'inflation trop optimistes, pointé l'absence de réponses concrètes sur la sécurité alimentaire et le déficit énergétique, et dénoncé un déséquilibre des investissements favorisant les infrastructures au détriment de l'éducation et de la formation. Ces réserves, venues de l'intérieur même du système, en disent long sur la solidité du récit qu'on vend aujourd'hui aux investisseurs étrangers.
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Ce grand raout financier n'est évidemment pas propre à la Côte d'Ivoire. Partout dans la région, les régimes ont compris la même leçon : il suffit d'aligner les bons indicateurs macroéconomiques, de brandir une notation souveraine qui s'améliore et un Eurobond bien souscrit, pour que le monde entier salue la performance, sans jamais s'attarder sur qui, dans la population, profite réellement de cette croissance vantée à 7 %. On célèbre le PIB par habitant qui doit grimper à 4 500 dollars, on oublie de préciser combien de citoyens vivent encore avec une fraction de cette moyenne statistique.
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Le Groupe consultatif d'Abidjan sera présenté, dans les prochains jours, comme un triomphe diplomatique et financier. Des milliards seront annoncés, des mains seront serrées, des communiqués vanteront la confiance retrouvée des marchés. Mais la confiance des marchés et la confiance du peuple ne se mesurent pas avec les mêmes instruments. Tant que le premier baromètre continuera de servir de seul étalon du succès, la seconde attendra son tour — comme elle attend depuis 2012, plan après plan.