RDC – Sous-traitance : l'ARSP dégaine ses attestations numériques pendant que le dossier Kashal dort dans un tiroir

Kinshasa, 7 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes

En République démocratique du Congo, il existe une méthode bien rodée pour faire oublier ce qui dérange : organiser une cérémonie. Une signature, un QR Code, une poignée de main devant les caméras, et voilà l'opinion priée de regarder ailleurs. C'est exactement ce que vient de réussir l'Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le secteur privé, l'ARSP, en distribuant en grande pompe ses premières attestations numérisées.

L'événement s'est tenu la semaine dernière à Kinshasa. Le Directeur général Juan-Ted Beleshayi Kasanda a remis officiellement, et symboliquement, les premiers documents dématérialisés à sept entreprises sous-traitantes. Fini le papier sécurisé, la signature manuscrite et les mois d'attente. Place au circuit numérique intégral, de la demande jusqu'à la délivrance, avec une promesse de délai ramené à sept jours avant d'atteindre, à terme, soixante-douze heures.

Sur le papier, l'affaire semble anodine, presque technique. Sauf qu'elle intervient à peine un mois après l'arrivée de Beleshayi à la tête de l'institution, nommé début juin en remplacement de Miguel Kashal Katemb. Et surtout, elle intervient alors que l'ARSP traîne un passif que la digitalisation ne suffit pas à effacer d'un clic. Une plainte signée en mai 2025 par des agents de l'institution elle-même évoquait plus de 100 millions de dollars de retraits en espèces sous l'ancienne direction. Un an après, ce dossier n'a toujours reçu aucun traitement public connu.

C'est là tout le problème de cette mise en scène du numérique. On nous vend de la rapidité et de la traçabilité pour un document administratif, pendant que la vraie question — où sont passés les millions signalés par les propres agents de l'ARSP — reste soigneusement rangée hors champ. Le QR Code rassure sur l'authenticité d'une attestation. Il ne dit rien sur l'authenticité des comptes de l'institution qui l'émet.

Beleshayi, lui, a choisi la posture du bâtisseur pressé. Lors de sa prise de fonction, il avait donné le ton avec une formule qui se voulait martiale : « Le temps n'est plus aux discours, mais à l'action »</cite>. Belle promesse. Mais l'action la plus visible depuis son arrivée reste, pour l'instant, une réforme de procédure administrative, pas un audit du passif qu'il a hérité. Le contraste est difficile à ignorer pour quiconque suit le dossier de près.

L'ARSP n'est pourtant pas n'importe quelle coquille administrative. Créée en 2018 pour encadrer la loi sur la sous-traitance et pousser l'émergence d'une classe moyenne congolaise dans les marchés des mines, des télécoms et des infrastructures, l'institution a vu son chiffre d'affaires sectoriel bondir de 300 millions de dollars en 2022 à plus de 2,4 milliards en 2024. Un succès opérationnel réel, que personne ne conteste. Mais un succès bâti, selon plusieurs observateurs, sans audit public final et sans réponse au signal d'alerte remonté depuis un an par la hiérarchie même de l'institution.

C'est cette dissonance qui frappe. D'un côté, une communication soignée sur la modernisation, la transparence par QR Code, la vérification instantanée. De l'autre, un silence institutionnel total sur une plainte interne qui parle, elle, de cent millions de dollars. Le sous-traitant congolais qui attend son attestation en soixante-douze heures n'a aucune garantie que l'argent collecté par l'institution qui la lui délivre soit, lui aussi, traçable en soixante-douze heures.

On peut saluer la dématérialisation. On peut même reconnaître qu'elle simplifie la vie de milliers d'entreprises qui, hier encore, poireautaient des mois pour un tampon. Mais applaudir la forme sans interroger le fond, c'est exactement le réflexe que ce genre de cérémonie cherche à provoquer. Un DG qui promet l'action ne peut pas se contenter de numériser les formulaires ; il doit aussi ouvrir les livres de comptes qu'il a récupérés en héritage.

Tant que le dossier des 100,4 millions de dollars restera dans les tiroirs de la Présidence, la modernisation de l'ARSP ne sera qu'un vernis numérique posé sur une gouvernance encore à prouver. Le peuple congolais mérite mieux qu'un QR Code pour croire à la transparence.

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