Togo : convoquées pour un ballon truqué, deux ministres livrent le énième numéro du théâtre de l'enquête indépendante

5 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 7 minutes

Au Togo, il existe une science bien maîtrisée : celle de transformer un scandale en spectacle parlementaire, puis de laisser le spectacle s'éteindre de lui-même. Le football, cette fois, en a fait les frais. Et l'Assemblée nationale, qui peine à s'émouvoir des vrais dossiers qui rongent le pays, a trouvé dans un ballon rond l'occasion de jouer les gendarmes.

Le jeudi 25 juin 2026, conformément à l'article 108 du Règlement intérieur de l'institution, la ministre du Développement à la base et de l'Économie sociale et solidaire, Mazamesso Assih, s'est présentée devant les députés dans le cadre d'une question orale avec débat. Elle était accompagnée du ministre délégué chargé de la Jeunesse et des Sports, Abdul-Fahd Fofana. Deux membres du gouvernement, un même banc des accusés, une même affaire qui empoisonne le championnat national depuis des semaines : les allégations de trucage de matchs dans la D1 Lonato.

L'interpellation portait la signature du député Kokou Eké Hodin, président de la Commission de l'éducation, de la communication et du développement socioculturel. L'élu a exigé des explications après la diffusion d'enregistrements audio mettant en cause des responsables de la Fédération togolaise de football (FTF) ainsi que du Comité d'organisation du championnat. Rien de nouveau sous le soleil togolais : l'affaire couvait depuis fin mai, quand la FTF elle-même avait dû saisir sa Commission de discipline après avoir été alertée par, selon ses propres mots, des informations concordantes.

Le résultat de cette procédure interne, on le connaît déjà. L'entraîneur franco-congolais Théophile Bola a écopé de cinq ans et demi de suspension et d'une amende de 500 000 francs CFA. Toulassi Kokou, président du FC Espoir, a lui hérité de six années d'interdiction et de la même sanction financière. Deux têtes tombent, pendant que d'autres noms cités dans les enregistrements — dont des cadres du Comité exécutif de la FTF — ressortent blanchis, la Commission de discipline ayant estimé qu'aucun élément ne permet d'établir leur implication. Curieuse justice sportive, qui frappe les seconds couteaux et épargne les huiles.

C'est dans ce climat de doute que le gouvernement a choisi de dérouler, devant la représentation nationale, sa réponse la plus commode : l'enquête indépendante. Le ministre Fofana a annoncé la création prochaine d'une commission d'investigation en collaboration avec la Chambre de Conciliation et d'Arbitrage du Togo, chargée d'examiner les preuves, d'entendre les parties et de publier ses conclusions. Si des infractions pénales sont établies, a-t-on précisé, la justice pourrait être saisie. Le président de l'Assemblée nationale, Komi Selom Klassou, a pour sa part insisté sur la nécessité de préserver la crédibilité des compétitions et de poursuivre la professionnalisation du football togolais.

Tout cela sonne bien. Trop bien, peut-être, pour un pays où les commissions d'enquête indépendantes ont souvent la durée de vie d'un communiqué de presse. Combien de fois a-t-on promis la transparence, la sanction, la manifestation de la vérité, pour voir ensuite le dossier s'enliser, puis disparaître des radars une fois l'émotion retombée ? Le folklore institutionnel togolais regorge de ces engagements solennels qui ne survivent jamais à la prochaine actualité.

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Car pendant que les députés consacrent une séance plénière entière à un ballon manipulé, d'autres urgences attendent toujours leur tour. Les inondations qui ont frappé Lomé et sa région n'ont, elles, jamais fait l'objet d'une interpellation aussi rigoureuse, ni d'une commission dotée de pouvoirs comparables. Le contraste est cinglant : on mobilise l'arsenal parlementaire pour un scandale sportif médiatisé, mais on laisse filer les dossiers qui touchent directement à la santé, au logement et à la sécurité des citoyens.

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Il faut le dire sans détour : la transparence dans le sport est une exigence légitime, personne ne le conteste. Mais elle ne saurait servir d'alibi à l'inaction chronique sur les dossiers qui pèsent réellement sur le quotidien des Togolais. Une enquête, aussi indépendante soit-elle sur le papier, ne vaut que par ses résultats, ses sanctions effectives et la publicité qui leur sera donnée. Tant que ces trois conditions ne sont pas remplies, il ne s'agit que d'un exercice de communication de plus, savamment orchestré devant les caméras de l'hémicycle.

Le peuple, lui, attend toujours que l'énergie déployée pour un ballon truqué se retrouve, un jour, mobilisée pour les vrais scandales de la République.

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