Togo : au Port autonome de Lomé, la vieille recette pour casser une grève par l'intérieur

Lomé, 12 août 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Il y a une manœuvre que les directions générales togolaises maîtrisent mieux que la gestion de leurs propres services : diviser les travailleurs pour ne jamais avoir à répondre à leurs revendications. Au Port autonome de Lomé, ce scénario s'écrit une fois de plus sous les yeux des grévistes, avec la complicité inattendue de syndicats censés être leurs alliés.

Depuis mardi matin, le quai est silencieux, les grues à l'arrêt. Le Syndicat des agents du Port autonome de Lomé (SYAPAL) a lancé un mouvement de grève de 72 heures pour dénoncer ce qu'il appelle la mauvaise foi et le simulacre de dialogue social de la direction générale. Mais dans les bureaux climatisés du port, loin du bitume brûlant où campent les grévistes, une autre bataille se joue. Ce mercredi, des responsables de SYNADOCKTO, SYNLIDOCKTO, SYNREDOCTO et SYDOCKT, tous des syndicats de dockers, ont convoqué une réunion pour exiger l'arrêt du mouvement. En présence du chef service du port, ils ont sommé les grévistes de faire profil bas, sous prétexte de négociations en cours dont personne, ni SYAPAL ni les travailleurs, n'a jamais entendu parler.

Ce conflit ne sort pas de nulle part. Le SYAPAL porte depuis 2025 douze points de revendications restés sans réponse officielle. Une première grève avait été suspendue fin juin, après qu'un délai de grâce de trente jours avait été accordé à la direction pour négocier de bonne foi. Le délai a expiré le 21 juillet sans le moindre geste concret. Le syndicat a donc redéposé un préavis le 27 juillet, annonçant du même souffle une action en justice pour faire respecter le statut particulier du personnel portuaire, un texte vieux de 1976 que la direction semble avoir rangé au fond d'un tiroir.

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Ce qui frappe dans l'épisode de ce mercredi, ce n'est pas tant l'entêtement de la direction générale, une constante bien connue, mais le rôle que jouent désormais des organisations censées défendre les mêmes intérêts que le SYAPAL. Ces syndicats de dockers ne négocient rien pour les grévistes ; ils négocient leur propre tranquillité. Un travailleur, excédé, résume la situation d'une phrase sans détour : « Cela a été toujours le cas au port autonome de Lomé. » Le constat est amer, mais il n'a rien d'exagéré.

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Pendant que ces messieurs des syndicats vendus, comme les qualifient déjà les agents du port, tentent de couper l'herbe sous le pied de leurs camarades, le chef service du port, lui, ne cache même plus son mépris. Il somme les agents non grévistes de reprendre le travail et menace ceux qui restent sur le site, les accusant d'envoyer des images aux journalistes. La priorité de la hiérarchie n'est donc pas de répondre aux revendications, mais de faire taire ceux qui les portent et ceux qui les documentent. Voilà la vraie hiérarchie des urgences au sommet du port autonome.

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Ce que cette affaire révèle, au-delà du seul port, c'est une méthode. Quand une administration togolaise se retrouve acculée par une mobilisation légitime, elle ne cherche jamais à corriger l'injustice qu'on lui reproche. Elle cherche des relais internes, des figures syndicales dociles, prêtes à retourner leurs propres collègues contre eux-mêmes au nom d'un dialogue social dont personne ne voit jamais la couleur. Le port autonome de Lomé, présenté en grande pompe comme la vitrine logistique de la sous-région, ne parvient même pas à traiter dignement les agents qui le font tourner.

Les grévistes, eux, restent sur le site. Ils attendent leurs collègues du service de 14 heures pour voir si le mot d'ordre tiendra. Douze revendications, un an d'attente, un texte de loi de 1976 ignoré, et maintenant des frères syndicaux transformés en messagers de la direction : la liste des raisons de tenir bon ne cesse de s'allonger. Le silence du quai, aujourd'hui, en dit plus long que tous les communiqués de la direction générale réunis.

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