Incendie au marché d'Anié : le grand magasin détruit, les commerçantes face à la ruine

Lomé, 29 septembre 2026. Temps de lecture estimé : 5 minutes

Il y a une constante dans la façon dont ce pays traite ses marchés : on les laisse brûler, puis on vient compatir devant les cendres. Le rituel est rodé. Le feu d'abord, la compassion ensuite, la prévention jamais.

Anié vient d'en fournir la démonstration. Dans la nuit du 27 au 28 septembre 2026, vers 3 heures du matin, le grand magasin situé au rond-point central du marché a été ravagé. Les marchandises ont été entièrement consumées. Aucune vie n'a été perdue, et c'est heureux. Tout le reste est parti en fumée.

Un habitant joint sur place parle de dégâts matériels « énormes ». Le mot est presque trop faible. Ces murs abritaient le stock, donc le capital, de commerçantes qui n'ont ni assurance ni filet de secours. Ce qui a brûlé cette nuit-là, c'est leur année de travail.

Située à environ 190 km au nord de Lomé, Anié est l'un des greniers agricoles du Togo. Son marché compte parmi les plus importants de la région des Plateaux. Ce n'est pas un marché de quartier oublié, c'est un rouage de l'économie vivrière du pays.

Qui a maîtrisé le sinistre ? Les camions-citernes de la Société sino-togolaise, la sucrerie d'Anié, mis à disposition dans l'urgence. Les sapeurs-pompiers d'Atakpamé sont arrivés ensuite. Une pluie tombée pendant la nuit a fait le reste. Il a fallu une usine privée et un ciel clément pour éviter que le marché entier ne parte en cendres.

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Ce n'est pas un accident isolé. Le 6 septembre au soir, le marché Château de Kpalimé avait déjà brûlé, dans son ancienne zone de recasement. Un hangar entier a été calciné, avec des sacs de maïs et des denrées de première nécessité. Les commerçantes sinistrées réclamaient des mesures d'accompagnement. Le maire de Kloto 1, lui, les invitait à se faire recenser auprès de l'administration du marché pour évaluer les pertes. Recenser les dégâts, voilà où en est la réponse publique.



Trois semaines plus tard, c'est Anié. Le gouverneur de la région des Plateaux, le général de brigade Dadja Maganawè, s'est rendu sur place lundi. Au nom du président du Conseil, Faure Gnassingbé, il a exprimé sa compassion aux victimes, « en attendant d'éventuelles mesures d'accompagnement », selon la présidence. Éventuelles. Le mot dit tout. La compassion est acquise, le soutien reste hypothétique.

Ce n'est pas une opinion partisane. La presse locale elle-même, jusque dans les colonnes des médias les plus prudents, pose la question qui fâche : les dispositifs de prévention et de lutte contre les incendies sont-ils adaptés aux réalités des marchés togolais ? Elle rappelle que la densité des installations, le stockage de marchandises, les branchements électriques et les accès difficiles compliquent l'intervention des secours. Tout est dit. Rien n'est corrigé.

Car l'histoire est longue. D'après L'alternative, les incendies de marchés se sont multipliés au Togo depuis l'avènement de Faure Gnassingbé. Adawlato, Kara, Adidogomé, Kégué, Assiyéyé, Cinkassé, Kpalimé : la liste ressemble à une carte du pays. Kégué a brûlé en septembre 2024. Assiyéyé en décembre 2023. Adawlato en mai 2022, quelques semaines après Kpalimé et Hanoukopé. À chaque fois, l'origine reste floue et les conclusions ne sont jamais rendues publiques.

Le vrai scandale n'est donc pas le feu. C'est l'absence de suite. Où sont les audits de sécurité des marchés ? Où sont les bornes d'incendie, les points d'eau, les voies d'accès dégagées, l'installation électrique aux normes ? Où est le fonds d'indemnisation que ces commerçantes attendent depuis des années ? Pendant que les marchés brûlent, on inaugure, on signe, on célèbre. Des communiqués remplacent les extincteurs.

Ces femmes, car ce sont d'abord des femmes qui tiennent ces étals, paient leurs places, leurs taxes, leurs transports. Dans un pays où le carburant s'affiche désormais à 817 FCFA le litre, chaque sac acheminé jusqu'à Anié coûte plus cher. Quand il brûle, elles n'ont rien. Ni stock, ni assurance, ni pouvoir.

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Anié n'a pas manqué de courage : ses habitants se sont mobilisés, la sucrerie a prêté ses citernes, la pluie a aidé. C'est l'État qui a manqué, avant, pendant et après. Un pays qui compte sur la pluie pour protéger ses marchés n'a pas de politique de sécurité, il a de la chance.

Et la chance, on le sait, finit toujours par s'épuiser.

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