Togo : l'école craque de partout, le régime regarde ailleurs

Lomé, 18 juillet 2026 — Temps de lecture estimée : 6 minutes

Il y a un secteur que ce régime sait très bien mettre en scène dans ses discours et très mal traiter dans les faits : l'éducation. On nous promet chaque année une école togolaise "de qualité", modernisée, tournée vers l'avenir. Pendant ce temps, sur le terrain, tout s'effondre en même temps, comme si une seule main tenait le couvercle sur toutes les marmites qui débordent.

À l'université de Kara, les surveillants d'examens, en grande majorité des étudiants en master, ont quitté les amphithéâtres. Leur revendication est simple : le versement des primes de surveillance que l'administration refuse de payer. La réponse des autorités universitaires n'a rien eu de conciliant. Plutôt que de régler la dette, elles ont préféré aller chercher d'autres surveillants pour remplacer les grévistes, et fait relever les noms de ceux qui refusent de reprendre le travail. Deux d'entre eux ont déjà été suspendus la semaine précédente pour le même motif.

Le chef du département de géographie de l'université est même allé jusqu'à menacer les étudiants en master, leur rappelant qu'ils ne pourraient pas soutenir leur mémoire s'ils persistaient dans leur mouvement. Voilà la méthode : pas de dialogue, pas de compromis, juste la pression sur les plus vulnérables, ceux dont l'avenir académique dépend justement de la bonne volonté de l'administration qu'ils osent contester.

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Ce mépris pour les revendications légitimes n'est pas propre à Kara. Le 2 juillet dernier, à l'université de Lomé, 83 enseignants-chercheurs ont organisé un sit-in. Leur demande n'a rien d'extravagant : la signature du décret qui doit officialiser leur nomination en tant que professeurs titulaires, une reconnaissance qu'ils attendent depuis des années et qui conditionne leur grade, leurs responsabilités et les avantages qui vont avec. Des professeurs agrégés, sommet de la hiérarchie académique togolaise, réduits à manifester dans la rue pour obtenir un simple décret. On croit rêver.

Mais le sommet de l'absurde se joue ailleurs, au niveau du primaire. Des enseignants titulaires de licence et de master, recrutés et classés en catégorie B sur la seule base du baccalauréat, réclament depuis des mois un reclassement que l'État leur refuse obstinément. Le ministère a même durci les conditions du concours de l'enseignement, excluant désormais certains diplômes classiques, notamment en lettres. Résultat : des enseignants formés, diplômés, parfois certifiés par des formations autorisées par l'État lui-même à l'université de Kara, se voient recalés aux concours avec la mention "diplômes non conformes". L'État forme d'un côté, l'État rejette de l'autre. Une seule et même administration, deux discours contradictoires.

Un enseignant concerné résume l'absurdité du système : « Comment comprendre qu'on nous forme et qu'on nous rejette en même temps ? » La question mérite une réponse. Elle ne viendra pas.

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Ces enseignants de catégorie B sont aussi exclus des concours de professeur d'École normale d'instituteurs, alors que leur expérience de terrain devrait logiquement les qualifier. Le ministère leur préfère des collègues du secondaire sans aucune pratique du primaire. Simple logique administrative, ou simple absence de voix pour porter leurs dossiers ? Même sort pour les primes de logement, accordées aux jeunes normaliens de catégorie A3, niveau bac+2, mais refusées à des enseignants titulaires de licence ou de master, diplômes objectivement supérieurs. On mesure ici jusqu'où peut aller la mauvaise foi bureaucratique quand elle sert à économiser quelques francs sur le dos de ceux qui tiennent les salles de classe.

Ce régime, qui se targue de vouloir bâtir un Togo "émergent" à l'horizon 2040, ne trouve ni le temps ni la volonté de régler un problème pourtant simple : organiser un concours interne de reclassement pour ces enseignants du primaire, et signer un décret pour des professeurs qui attendent depuis des années. Deux mesures administratives, presque gratuites politiquement, mais visiblement trop coûteuses pour des autorités qui préfèrent la fuite en avant à la gestion.

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Pendant que la Cour de justice de la CEDEAO vient de qualifier la révision constitutionnelle togolaise de coup d'État constitutionnel, pendant que l'appareil se démène pour verrouiller le jeu politique, l'école togolaise, elle, s'écroule dans l'indifférence générale. Surveillants sans primes, professeurs sans décret, enseignants sans reconnaissance : trois symptômes d'un seul mal, celui d'un régime qui n'a jamais fait de l'éducation une priorité, quoi qu'il en dise dans ses discours de façade.

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