Togo : ce que 6,2 millions de moustiquaires disent d'un pays qui refuse de baisser les bras face au paludisme

Lomé, 11 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes 

Il y a des chiffres qui claquent plus fort qu'un communiqué officiel. En 2025, le Togo a enregistré 2 247 674 cas confirmés de paludisme et 939 décès liés à la maladie, une incidence de 259 cas pour 1000 habitants. Derrière ces statistiques, il y a des nuits d'enfants fiévreux, des mères qui comptent les jours de salaire perdus au chevet d'un lit d'hôpital, des dispensaires débordés dans les régions les plus reculées.

C'est dans ce contexte que le ministère de la Santé a annoncé, lors d'une conférence de presse tenue vendredi à Lomé, le lancement officiel de la sixième campagne nationale de distribution gratuite de moustiquaires imprégnées d'insecticide. Le coup d'envoi sera donné ce dimanche 12 juillet à Blitta, avant un déploiement sur le terrain à partir du 14 juillet. La première phase couvrira les Savanes, la Centrale, les Plateaux et la Maritime jusqu'au 18 juillet, la seconde s'étendra à la Kara et au Grand Lomé du 26 au 30 juillet.

Organisée tous les trois ans conformément aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, cette campagne n'est pas un coup d'essai. Elle s'inscrit dans une continuité que peu de politiques publiques togolaises peuvent revendiquer avec la même constance. Depuis plusieurs éditions, le pays affine sa méthode : après le tout-porte-à-porte des campagnes précédentes, place cette année à un dispositif en deux temps, avec un recensement préalable des ménages suivi d'une distribution sur des sites fixes, moustiquaire contre coupon nominatif. Un changement de méthode assumé, présenté comme un moyen de mieux encadrer l'usage du matériel distribué.

Au total, 6 265 572 moustiquaires seront mises à disposition, pour une population cible estimée à 8 866 375 habitants sur la base du cinquième recensement général de la population. Le ratio retenu, une moustiquaire pour deux personnes, traduit une volonté de couverture large plutôt que symbolique. L'opération mobilise 18,84 milliards de francs CFA, financés à 53 % par le Fonds mondial, à 35 % par la President's Malaria Initiative américaine et à 12 % par l'État togolais lui-même — une répartition qui rappelle, sans besoin de le souligner davantage, à quel point la lutte antipaludique togolaise reste adossée à la solidarité internationale.

Coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme, le Dr Atekpé Payakissim Somiabalo a expliqué vouloir renforcer la sensibilisation de la population sur la bonne façon d'utiliser les moustiquaires. Des agents de communication feront des démonstrations d'utilisation et d'entretien directement sur les sites de collecte. Ce n'est pas un détail : une moustiquaire mal accrochée, laissée pliée dans un coin ou détournée à d'autres usages ne protège personne. La pédagogie compte autant que la logistique.

Cette distribution ne surgit pas isolée. Elle vient compléter l'introduction, en septembre 2025, du vaccin antipaludique R21/Matrix-M pour les enfants de moins de cinq ans, ainsi que la prise en charge gratuite déjà en vigueur pour cette même tranche d'âge. Trois leviers combinés — prévention mécanique, vaccination, soins gratuits — pour un même objectif : faire reculer une maladie qui reste, année après année, la première cause de consultation et d'hospitalisation dans le pays.

Ce qui frappe, au fond, c'est le contraste avec tant d'autres dossiers où l'annonce prime sur l'exécution. Ici, le calendrier est précis, les régions sont nommées, les volumes sont chiffrés, et une phase pilote a permis d'ajuster l'outil numérique de suivi avant le déploiement national. Le scannage des moustiquaires, d'abord envisagé comme obligatoire, a même été assoupli après ce test de terrain — signe qu'on a, cette fois, pris la peine d'écouter le réel avant de l'imposer aux populations.

Il reste, bien sûr, la question de l'après. Une moustiquaire distribuée n'est pas une moustiquaire utilisée, et l'histoire sanitaire du continent a déjà montré que la logistique de remise ne garantit pas, à elle seule, le changement de comportement. Mais dans un pays où tant d'initiatives s'annoncent en grande pompe pour s'effriter ensuite dans l'indifférence, une campagne qui tient ses dates, ses chiffres et ses engagements mérite d'être reconnue pour ce qu'elle est : un geste concret, attendu, et vital pour des milliers de familles.

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