Gabon à l'ONU : Nguema Mba réclame le partage du renseignement, pendant que Libreville étouffe sous ses propres scandales

Libreville, 11 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes

Il y a une scène qui se répète, saison après saison, dans presque tous les régimes issus d'une transition militaire qui cherche à se refaire une virginité institutionnelle : le ministre s'envole vers New York, monte à la tribune internationale, réclame plus de coopération, plus de renseignement partagé, plus de sécurité collective — et rentre chez lui où rien de tout cela n'a jamais empêché la maison de brûler.

Les 7 et 8 juillet, le Gabon a pris part au cinquième Sommet des chefs de police des Nations Unies, l'UNCOPS 2026, réuni au siège onusien de New York. La participation avait été autorisée en Conseil des ministres le 25 juin, présentée par le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Adrien Nguema Mba. Officiellement, il s'agissait de consolider les partenariats sécuritaires du pays et de mettre en avant le savoir-faire de sa police, entre formation, digitalisation et cybersécurité. Le ministre y a plaidé pour un partage renforcé du renseignement entre forces de police du monde entier, dans la droite ligne du thème retenu par l'ONU cette année : la lutte contre une criminalité transnationale de plus en plus technologique.

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Le sommet n'a rien d'anodin sur le papier. Il rassemble ministres, chefs de police et hauts responsables onusiens autour de trois priorités : l'avenir du maintien de la paix, l'innovation technologique dans le travail policier, et la coopération internationale contre le crime transnational. Un cadre où chaque État membre vient soigner sa vitrine diplomatique, quitte à laisser le fond des dossiers domestiques à la porte de la salle de conférence.

Car pendant que le ministre de l'Intérieur gabonais parlait de renseignement partagé à des milliers de kilomètres de Libreville, l'actualité intérieure racontait une tout autre histoire. Sylvia Bongo, épouse de l'ancien président déchu, se retrouve sous enquête à Genève pour soupçon de blanchiment d'argent, quelques semaines après avoir affirmé publiquement que ses économies ne provenaient d'aucun fonds public gabonais. Au même moment, la justice luxembourgeoise condamnait la compagnie Cargolux à 754 millions de francs CFA pour trafic d'influence au Gabon. Deux dossiers qui, mis bout à bout, dessinent un pays où l'argent public et les réseaux d'influence continuent de circuler bien plus librement que le renseignement dont on vante le partage à l'étranger.

« La sécurité fait partie intégrante de la paix », a rappelé le conseiller de la Police des Nations Unies, Faisal Shahkar, à la veille de l'ouverture du sommet. La formule est belle. Elle l'est nettement moins quand on la ramène aux quartiers de Libreville où des familles entières dorment encore à la belle étoile depuis plus d'un an faute de logement, ou aux zones frappées par l'état d'urgence hydrique où l'accès à l'eau reste soumis à une mercuriale de prix qui va de 300 à 3 000 francs CFA. La paix, pour ces populations-là, n'a pas grand-chose à voir avec les priorités affichées à la tribune de l'ONU.

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Le ministre Nguema Mba, lui, n'en est pas à son coup d'essai en matière de communication institutionnelle bien huilée. Début juin, lors d'un exercice de redevabilité télévisé consacré au bilan de ses cent premiers jours, il présentait déjà la loi de programmation sécuritaire 2025-2030 comme le cadre stratégique appelé à moderniser les forces de l'ordre, entre unité de drones et nouvelle doctrine de maillage territorial. Beaucoup d'annonces, beaucoup de éléments de langage sur la modernisation — et, sur le terrain, des administrations qui peinent toujours à boucler les dossiers d'état civil, quand elles ne sont pas rattrapées par des scandales financiers qui touchent l'entourage du pouvoir lui-même.

Ce grand écart n'est pas propre au Gabon. Il est devenu la signature de tous les régimes qui ont fait de la diplomatie sécuritaire un exercice de communication plutôt qu'un levier de transformation réelle. On envoie un ministre plaider la coopération internationale contre la criminalité organisée, pendant qu'à la maison, ce sont précisément les circuits financiers les plus opaques — ceux qui touchent aux plus hautes sphères — qui échappent le plus durablement à toute reddition de comptes.

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Le partage du renseignement, en théorie, sert à traquer les réseaux qui prospèrent dans l'ombre. Mais tant que les enquêtes les plus embarrassantes pour les cercles du pouvoir se règlent à Genève ou au Luxembourg plutôt qu'à Libreville, le discours prononcé à New York restera ce qu'il a toujours été pour ce genre de régime : une vitrine bien éclairée, posée devant une maison dont les fondations continuent de se fissurer.

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