RDC – Dossier FRIVAO : après deux dérobades, Constant Mutamba annonce son retour devant la justice le 13 juillet Catégorie : Politique

Kinshasa — 4 juillet 2026 — Temps de lecture : 4 min

Il y a une science, en Afrique centrale comme ailleurs, qui consiste à transformer sa propre comparution en spectacle. Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice de la République démocratique du Congo, en est un praticien accompli. Cité comme témoin dans le tentaculaire dossier FRIVAO, il a d'abord choisi l'absence. Il choisit aujourd'hui la mise en scène.

L'ancien garde des Sceaux vient de faire savoir, par une lettre manuscrite rédigée depuis son lit d'hôpital, qu'il comparaîtra finalement le 13 juillet devant la Cour d'appel de Kinshasa/Gombe. L'homme qui, les 5 et 19 mai derniers, s'était dérobé à deux convocations pour raisons de santé, retrouve subitement l'énergie de se déplacer. Il faut croire que la vérité, quand elle sert la posture, redonne des forces.

Le dossier ne date pourtant pas d'hier. Le Fonds de réparation et d'indemnisation des victimes des activités illicites de l'Ouganda en RDC, le FRIVAO, est censé redistribuer aux populations de l'Est congolais une partie des réparations obtenues devant la Cour internationale de Justice après des décennies de pillage et de guerre. C'est précisément ce fonds, destiné aux victimes, qui se retrouve aujourd'hui au cœur de paiements suspects évalués à plus de 50 millions de dollars américains, effectués avant même l'obtention de l'avis de non-objection requis par la Direction générale de contrôle des marchés publics. Une entorse procédurale qui, dans n'importe quel État sérieux, aurait valu des comptes à rendre immédiatement.

Détenu à la prison centrale de Makala, le directeur général ad intérim du FRIVAO, Chansar Bolukola, a répété à plusieurs reprises que ces décaissements avaient été exécutés sur instruction verbale de Constant Mutamba lui-même, alors patron de la justice congolaise. Une accusation que l'intéressé n'a jamais eu à affronter frontalement, puisqu'il s'était, jusqu'ici, contenté d'agiter des certificats médicaux pour ne pas se présenter à la barre.

Dans sa lettre, l'ancien ministre affirme vouloir <cite index="21-1">« défendre la vérité, la vraie justice et [son] éminence »</cite>. La formule mérite d'être savourée. Que Constant Mutamba, condamné en 2025 à trois ans de travaux forcés pour détournement de deniers publics dans une affaire distincte déjà liée à ces mêmes fonds ougandais, convoque sa propre « éminence » pour justifier une comparution que la justice attendait depuis deux mois, en dit long sur le rapport que certains dignitaires déchus entretiennent avec l'humilité judiciaire.

Il ne s'arrête pas là. L'ancien député national réclame également la diffusion en direct de l'audience sur la chaîne nationale RTNC et sur d'autres médias, au nom des victimes des guerres de Kisangani dont il dit faire partie. Voilà le procédé bien connu : transformer une obligation judiciaire en tribune, et une accusation de détournement en occasion de plaidoyer personnel devant les caméras. Les vraies victimes du FRIVAO, elles, n'ont jamais eu droit à une chaîne nationale pour raconter ce qu'il est advenu de l'argent qui leur était dû.

Car c'est bien là que se trouve l'os. Pendant que l'ancien ministre orchestre son grand retour médiatique, les populations de l'Est congolais, meurtries par des décennies d'activités illicites ougandaises reconnues par la plus haute juridiction internationale, attendent toujours de voir la couleur de ces réparations. Sur les sommes englouties, combien sont réellement parvenues aux ayants droit ? La question, chaque audience repoussée, chaque certificat médical brandi, l'éloigne un peu plus de sa réponse.

Le 13 juillet approche. La Cour d'appel de Kinshasa/Gombe aura, cette fois, l'occasion de confronter Mutamba non plus à des lettres et à des certificats, mais aux faits eux-mêmes : les 50 millions de dollars, l'absence d'avis de non-objection, les déclarations répétées de son ancien collaborateur détenu à Makala. Le statut de simple témoin qu'il conserve encore pourrait, selon plusieurs observateurs du dossier, évoluer vers celui de prévenu.

On ne juge pas une éminence sur sa propre parole. On la juge sur les comptes qu'elle a laissés derrière elle. Et sur ce terrain-là, Constant Mutamba n'a, pour l'instant, présenté aucune défense — seulement une lettre, un lit d'hôpital, et une demande de projecteurs.

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