Lomé, 10 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes
Il y a un scénario que le Togo rejoue à chaque saison des pluies, presque à l'identique. Les eaux montent, les quartiers populaires trinquent, les autorités promettent la résilience climatique, puis le dossier retourne dans un tiroir jusqu'à l'averse suivante. Depuis le 29 juin, ce scénario tourne à nouveau à Lomé, en version grandeur nature.
Les chiffres, présentés le 7 juillet par l'Agence nationale de la protection civile (ANPC) devant les partenaires techniques et financiers, donnent le vertige. Six mille quatre cent vingt-neuf ménages touchés, soit près de vingt-quatre mille personnes sinistrées. Cinq décès. Trente-sept blessés. Six cent quatre-vingt-trois habitations effondrées, trois cent quatre-vingt-dix toitures arrachées. Deux écoles et deux églises endommagées. Les treize communes du District autonome du Grand Lomé ont toutes été touchées, à des degrés divers, par les pluies diluviennes des 29 et 30 juin.
Ce n'est pas la météo qui surprend. C'est la répétition. Depuis des années, chaque saison pluvieuse rappelle que les canalisations de la capitale, pourtant curées en amont selon les autorités elles-mêmes, saturent dès les premières précipitations sérieuses. Cette fois, certaines stations du Grand Lomé ont enregistré plus de 200 millimètres de pluie en deux jours à Bè-Apédomé, un cumul suffisant pour transformer les artères des quartiers populaires comme Adakpamé, Adamavo ou Akodesséwa en torrents de boue. Le pont de la RN34 à Boko, dans la préfecture de Vo, a lui aussi cédé, coupant un axe déjà fragilisé — un chantier que Le Mandas décrivait récemment comme un fantôme d'infrastructure.
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Face à l'ampleur des dégâts, l'exécutif a activé le plan ORSEC et son Centre national des opérations d'urgence. Les besoins d'assistance humanitaire immédiate ont été chiffrés à 304,86 millions de FCFA, essentiellement pour les vivres et produits non alimentaires. On mobilise, on communique, on active des clusters. La machine institutionnelle sait très bien se mettre en scène quand l'eau est déjà dans les maisons. C'est en amont, quand il s'agit de financer et d'entretenir un système d'assainissement digne d'une capitale de plus de deux millions d'habitants, que le même appareil se fait étrangement discret.
L'universitaire togolais Ayayi Togoata Apédo-Amah, tout en saluant les élans de solidarité observés dans les quartiers sinistrés, a posé la question que l'exécutif préfère éviter : « peut-on abandonner une capitale sans véritables égouts ? » La question n'a rien de rhétorique. Elle résume, en une phrase, ce que révèle chaque inondation depuis des années : une capitale qui a connu des investissements diplomatiques et protocolaires soutenus, mais dont l'assainissement de base reste un chantier permanent, financé au coup par coup, souvent après la catastrophe plutôt qu'avant.
Car pendant que les familles d'Agoè ou du Golfe pataugent, comptent leurs morts et reconstruisent leurs toits à leurs frais, le régime poursuit son agenda habituel. Les ambassadeurs continuent d'être reçus en grande pompe, les mémorandums de coopération continuent de s'empiler, et la diplomatie de façade continue de tourner à plein régime — pendant que les eaux usées, elles, ne trouvent toujours pas où s'écouler.
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La même semaine, on apprenait que la gouvernance se réforme volontiers en Conseil des ministres, mais s'esquive dès qu'il s'agit de rendre des comptes sur le terrain. Un pont qui cède, des toitures arrachées, des écoles endommagées : voilà pourtant la matière concrète que ces réformes annoncées devraient traiter en priorité, bien avant les éternelles refontes institutionnelles au sommet.
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Le projet PRECO, présenté comme le véhicule de la résilience climatique togolaise, et les millions déjà mobilisés par la Banque ouest-africaine de développement après les inondations précédentes, existent bel et bien sur le papier. Reste que les 23 747 sinistrés de juin 2026 attendent, eux, des égouts qui fonctionnent, pas une nouvelle ligne de crédit annoncée en communiqué. Tant que l'assainissement restera un poste budgétaire secondaire face aux priorités protocolaires du régime, la prochaine saison des pluies rédigera, mécaniquement, le même article.