Lomé, 10 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes
Il y a des rendez-vous qui ne font jamais la une, qui ne convoquent ni huissier ni caméra officielle, et qui pourtant en disent long sur ce qu'un pays sait encore faire de bien quand on le laisse tranquille. Le 17 juillet prochain, les jeunes de l'Association Scoute du Togo sortiront à nouveau dans les quartiers pour la Journée Nationale de la Bonne Action, un rendez-vous simple : donner un peu de son temps, de son sourire, de sa main, pour rendre le pays un peu plus propre, un peu plus solidaire, un peu plus humain.
Rien de spectaculaire dans l'annonce. Des jeunes en uniforme, foulard au cou, qui frappent aux portes, ramassent les déchets d'une ruelle, aident une famille à réparer une clôture ou accompagnent une personne âgée jusqu'au marché. C'est tout. Et c'est déjà beaucoup, dans un pays où la solidarité de proximité tient souvent lieu de filet social là où les institutions se font attendre.
Le mouvement scout togolais n'a rien d'un phénomène récent. L'Association Scoute du Togo est l'organisation nationale de scoutisme au Togo, fondée en 1920, et elle a intégré l'Organisation mondiale du mouvement scout en 1977. Plus d'un siècle d'existence, traversant les régimes, les crises et les modes, pour garder intact ce même principe fondateur : la bonne action désintéressée comme acte d'éducation civique. Le mouvement revendiquait déjà 9 727 membres en 2011, une base qui n'a cessé de se renouveler depuis, génération après génération de louveteaux devenus chefs de troupe à leur tour.
Cette tradition de service concret s'inscrit d'ailleurs dans une pratique plus large que le seul 17 juillet. Chaque année, les scouts togolais organisent également la Journée Nationale de l'Arbre, héritée elle aussi de 1977, où troupes et clans plantent des arbres à travers le pays pour, selon leurs propres mots, assurer un lendemain plus respirable à leur environnement. Même logique, même sobriété : pas de grand discours, un geste qui se répète et qui, à force de se répéter, finit par compter.
Ce type d'engagement trouve aujourd'hui un écho au-delà du seul scoutisme. Au Togo, l'ONG Mission Des Jeunes s'est donné pour mission de représenter localement le mouvement international Good Deeds Day, qui fédère plus d'une centaine d'organisations partenaires à travers le monde autour d'un principe identique : mobiliser les citoyens, jeunes en particulier, pour des actions de solidarité de terrain, en zones rurales comme dans les quartiers populaires de Lomé. Le 17 juillet, scouts et volontaires urbains se retrouveront donc, sans se concerter forcément, dans le même esprit de service.
On pourrait balayer tout cela d'un revers de main, y voir un folklore d'un autre âge dans un pays confronté à des urgences autrement plus lourdes. Ce serait une erreur de lecture. Dans un contexte où la défiance envers les institutions se nourrit chaque semaine d'un nouveau motif, ces gestes de solidarité horizontale, portés par des adolescents en short et foulard, rappellent que le tissu social togolais ne se résume pas aux communiqués et aux inaugurations. Il se tisse aussi, patiemment, dans une cour d'école nettoyée un samedi matin ou un caniveau débouché avant l'arrivée des pluies.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit aussi, cette année : anticiper. Après les inondations qui ont frappé Lomé et plusieurs préfectures ces dernières semaines, la bonne action prend un relief particulier. Nettoyer un caniveau, dégager un accès, aider un voisin à évacuer de l'eau stagnante : ce ne sont plus seulement des gestes symboliques, ce sont des micro-réponses citoyennes à des défaillances d'infrastructure que les jeunes scouts n'ont pas créées, mais qu'ils contribuent, à leur échelle, à absorber.
Depuis 1977, l'Association Scoute du Togo mène ainsi des actions collectives à travers tout le territoire, plantant, nettoyant, sensibilisant, sans jamais réclamer de reconnaissance particulière. La Journée Nationale de la Bonne Action du 17 juillet n'est que la dernière déclinaison de cette philosophie. Ceux qui cherchent des raisons de désespérer du Togo n'auront qu'à observer, ce jour-là, des adolescents ramasser les ordures qu'ils n'ont pas jetées, réparer ce qu'ils n'ont pas cassé, et sourire à des inconnus sans rien attendre en retour.
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Rejoindre les scouts le 17 juillet, ce n'est pas cocher une case civique. C'est simplement se rappeler, le temps d'une matinée, que rendre un quartier plus propre et plus humain ne dépend pas toujours d'un décret.