Abidjan, 21 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes
Il y a une figure récurrente dans le théâtre politique ivoirien : l'homme radié qui se réinvente en chef de parti. Après avoir été écarté du PPA-CI pour avoir osé se présenter contre la ligne officielle, Ahoua Don Mello ne s'est pas effondré. Il a fait ce que font les stratèges patients : il a attendu son heure, puis il a convoqué ses partisans.
Le samedi 11 juillet 2026, à Abidjan, une assemblée plénière réunissant sympathisants et membres de son ancienne équipe de campagne a tranché. Les participants ont adopté, à une très large majorité, une résolution portant création d'une nouvelle formation politique, confiant à l'ancien vice-président du PPA-CI le mandat de conduire ce chantier. La réunion, présidée par Ipou Ludovic et rapportée par Brou Jean-Baptiste, s'appuyait sur les conclusions d'une commission de réflexion pilotée par Me Sery Zokou. Rien d'improvisé, donc : tout avait été calibré en amont, dans les règles d'un congrès qui ne dit pas encore son nom.
Pour comprendre ce virage, il faut remonter à l'histoire d'un homme qui n'en est pas à sa première tentative d'émancipation. Vingt-six ans plus tôt, bien avant l'accession de Laurent Gbagbo au pouvoir, Ahoua Don Mello avait déjà tenté l'aventure solitaire avec « La Renaissance », un projet resté sans lendemain qui l'avait ramené dans le giron de son mentor. Aujourd'hui, l'ancien directeur général du Bureau national d'études techniques et de développement, candidat indépendant à la présidentielle d'octobre 2025, rejoue la même partition, mais avec un tempo continental radicalement différent.
Car ce nouveau parti ne se construit pas seulement à Abidjan. C'est depuis Moscou, où il occupe désormais un rôle de conseiller auprès du patronat russe, qu'Ahoua Don Mello orchestre l'architecture de sa future formation. Le 11 juillet, pendant que ses partisans actaient la résolution en Côte d'Ivoire, ses relais parisiens célébraient à leur tour, dans un hôtel du 19ᵉ arrondissement, le baptême du « Front Souverain », rampe de lancement conçue par son représentant en France, Michel Mognon. Une double mise en scène, entre Abidjan et Paris, qui en dit long sur les ambitions transnationales du projet.
Le communiqué officiel de l'assemblée plénière est sans détour sur les intentions affichées : le futur parti se réclame des valeurs de démocratie, de justice sociale, de bonne gouvernance, de solidarité, de mérite ainsi que de souveraineté nationale. Une liste de vertus qui sonne bien sur le papier. Mais derrière la formule, la ligne politique est limpide : rupture assumée avec Paris, rapprochement revendiqué avec Moscou, et volonté de transformer le recul de l'influence française en Afrique de l'Ouest en opportunité électorale.
C'est là que le bât blesse. Un homme qui coordonne la structuration de son parti depuis la capitale russe, conseiller d'un patronat étranger, prétend incarner la souveraineté nationale ivoirienne. On peut interroger la cohérence de la démarche. La souveraineté proclamée d'un côté, l'ancrage géopolitique assumé de l'autre : le grand écart n'échappe à personne, et certains commentateurs ivoiriens ne s'y sont pas trompés, dénonçant déjà un simple changement de tutelle plutôt qu'une véritable émancipation.
Pendant ce temps, la Côte d'Ivoire continue de se chercher un espace d'opposition crédible face à un pouvoir solidement arrimé autour d'Alassane Ouattara et du RHDP. Un nouveau parti de plus, un « Congrès des Pionniers » encore sans date fixée, une communication savamment distillée entre deux continents : voilà les ingrédients d'un lancement qui ressemble davantage à une opération de visibilité qu'à un véritable projet de gouvernement.
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où la même mécanique de recomposition politique dévore les principes qu'elle prétend défendre. Reste une question que les militants réunis à Abidjan n'ont pas soulevée publiquement : un parti peut-il se réclamer de la souveraineté nationale tout en se construisant sous la coordination d'un conseiller du patronat d'une puissance étrangère ?
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pour mesurer combien, dans la région, les postures souverainistes savent aussi détourner le regard des vraies urgences. Le « Congrès des Pionniers » est annoncé comme l'acte fondateur du futur parti. Il reste à savoir si, une fois la mise en scène retombée, ce nouveau souverainisme saura exister ailleurs que dans les communiqués et les salons feutrés de Moscou et de Paris.