Togo : quand le courant s'éteint, le régime rallume ses excuses

Lomé — 20 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 5 minutes

Au Togo, l'électricité a fini par ressembler à une promesse de campagne : elle est annoncée en grande pompe, elle vacille, puis un communiqué vient l'excuser. Ce régime a toujours une explication, toujours venue d'ailleurs, toujours technique, jamais politique. Le courant, lui, s'en va quand même.

La Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) annonce cette fois des perturbations jusqu'au 21 septembre 2026, c'est-à-dire demain. Dans son communiqué du 27 août, elle les attribuait à des travaux de maintenance préventive sur les équipements de la West African Gas Pipeline Company (WAPCo), qui privent les centrales thermiques de gaz naturel du 28 août au 21 septembre. Un communiqué du 18 septembre, relayé par la presse locale, invoque désormais une fuite sur un gazoduc au Nigeria, dont la réparation doit s'achever le 21 septembre.

Le motif a changé. L'échéance, elle, n'a pas bougé d'un jour.

Il faut mesurer ce que ce tuyau représente. Les deux centrales togolaises dépendent directement de ce gaz, et la CEET reconnaît que l'arrêt frappe à la fois la production nationale et l'électricité importée des pays voisins. Quand le gazoduc nigérian tousse, tout le réseau togolais s'enrhume. Le calendrier des travaux lui-même a flotté : WAPCo avait d'abord annoncé une suspension dès le 28 août, puis l'a repoussée au 7 septembre faute de navires disponibles pour les opérations en mer. Voilà où en est la souveraineté énergétique du pays : elle attend un bateau.

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Ce n'est pas un accident de parcours, c'est une habitude. En septembre 2024, la CEET annonçait déjà des interruptions pour la maintenance de la centrale Kékéli Efficient Power, quelques jours seulement après avoir mis fin à un plan de rationnement lié à la baisse des livraisons de gaz nigérian. En août 2025, des quartiers de Lomé et de sa banlieue subissaient de nouvelles coupures, cette fois au nom de raccordements d'ouvrages. En mars 2026, le directeur général de la compagnie, Débo-K'mba Barandao, expliquait sur la télévision publique que le pays vivait des perturbations depuis plusieurs semaines, à Lomé comme dans les grandes villes.

Chaque fois, une explication différente. Chaque fois, la même conclusion : les Togolais patientent dans le noir.

La CEET ne le cache d'ailleurs pas. Dans son communiqué du 27 août, elle prévient que « des perturbations ne pourront toutefois pas être totalement évitées ». Pour limiter la casse, elle a choisi de brûler des combustibles liquides plus onéreux plutôt que de réduire davantage l'offre. Ni le montant de cette facture supplémentaire ni le nom de celui qui la réglera n'apparaissent dans les communiqués publiés.

On connaît en revanche la consigne donnée aux usagers : débrancher les appareils pendant les coupures et ne les rebrancher qu'au retour du courant. Voilà le mode d'emploi de la modernité version régime : débrancher, et attendre.

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Car derrière le vocabulaire aseptisé du communiqué, il y a des réalités que nul bulletin officiel ne consigne : l'atelier qui s'arrête, la boutique qui improvise, le ménage qui compte ses pertes en silence. Ceux qui paient déjà plus cher à la pompe sont priés de payer maintenant en patience à la prise. La solidarité que ces messieurs invoquent si volontiers ne descend jamais jusqu'au compteur.

Le plus grave n'est pas la fuite, ni même la maintenance. C'est l'aveu structurel qu'elles révèlent. Le directeur général de la CEET l'a lui-même admis en mars : une part importante de l'électricité consommée au Togo vient des réseaux voisins, si bien que la moindre variation chez eux frappe directement l'approvisionnement national. Dépendance au gaz nigérian, dépendance aux importations, dépendance à la disponibilité d'un navire : l'appareil d'État a bâti un système électrique dont les clés sont ailleurs.

Et l'on nous parle de couverture universelle à l'horizon 2030. Un pays qui affiche cette ambition n'est pas encore capable de garantir le courant à ceux qui l'ont déjà. La promesse a l'éclat des inaugurations ; la réalité a la fiabilité des communiqués.

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Le régime sait gagner les batailles de l'image et de la communication. Celle de la prise électrique, il la perd chaque fois que le réseau tombe, et elle se joue dans chaque foyer, chaque soir, sans caméra ni tribune.

Le 21 septembre viendra, et avec lui le retour du courant, ou de la prochaine explication. Un régime qui a fait de l'excuse sa seule politique énergétique ne mérite pas d'être cru sur parole : il mérite d'être éclairé, par les faits à défaut de kilowattheures.

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