225 millions d'euros de cocaïne : au Ghana, la douane du port de Tema sur le banc des accusés

Lomé — 21 septembre 2026 — Temps de lecture estimé : 4 minutes

Un port n'est jamais un simple quai. C'est une chaîne de portiques, de scanners, de tampons et de signatures, et il suffit d'un seul maillon défaillant pour laisser passer n'importe quoi. Quatre tonnes de cocaïne, par exemple.

C'est la leçon que le Ghana vient de recevoir, en public, et de la main des douanes françaises. Saisis début septembre au port de Dunkerque et révélés le 10, 167 ballots de cocaïne, près de 3,9 tonnes pour environ 225 millions d'euros, étaient dissimulés dans des déchets plastiques, au fond d'un conteneur arrivé du Ghana et destiné, entre autres, au port d'Anvers. La drogue a été détruite. L'enquête, elle, ne fait que commencer.

Le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) a confié les investigations à l'Office antistupéfiants, l'Ofast, avec une mission claire : identifier les têtes d'un réseau que la police judiciaire française avait déjà dans le viseur. Les investigations visent l'importation de stupéfiants en bande organisée et l'association de malfaiteurs, des faits passibles de dix ans de prison selon le Pnaco. À Accra, la suite est venue vite. Dix personnes sont aujourd'hui détenues, dont quatre agents de la division des douanes de la Ghana Revenue Authority (GRA). La présidence n'a livré ni identités ni chefs d'accusation.

Ce sont les tribunaux qui ont fini par parler. Jeudi 17 septembre, le tribunal de circuit de Kwabenya a refusé la liberté sous caution à six prévenus, dont les quatre agents des douanes, maintenus en détention jusqu'au 24 septembre. Les charges : conspiration en vue d'exporter des stupéfiants, exportation illégale et, pour les agents, complicité d'exportation. Et l'accusation a lâché le détail qui fâche : quatre conteneurs avaient été scannés avant leur départ, les images montraient des anomalies qui auraient dû déclencher un contrôle approfondi.

Selon l'accusation, le scanner a vu. La barrière s'est levée quand même.

Aucun de ces prévenus n'est condamné, et le droit l'exige ainsi. Mais un appareil portuaire qui laisse partir 3,9 tonnes de cocaïne n'a pas besoin d'un verdict pour être jugé sur son fonctionnement.

Du côté du pouvoir, la ligne est rodée. Quand la minorité parlementaire a laissé entendre que des membres du NDC, le parti du président John Mahama, figuraient parmi les personnes arrêtées, le ministre d'État chargé de la Communication gouvernementale, Felix Kwakye Ofosu, a réclamé des preuves et dénoncé les rumeurs. Il a ajouté que même un haut responsable ou un militant du NDC impliqué aurait commis « un crime contre l'État du Ghana » et serait traité comme n'importe quel justiciable. La promesse est belle. Elle se juge sur pièces, pas au micro.

Le président, lui, a réuni les chefs de la sécurité, ordonné un groupe de travail interministériel et fixé un délai de deux semaines pour produire une feuille de route. Deux semaines. Pour repenser des contrôles qui, selon l'accusation, avaient pourtant repéré l'anomalie.

Voilà le vrai sujet, celui que les communiqués contournent : les alertes n'ont pas manqué. En août, la police interceptait déjà 866 colis d'une substance soupçonnée d'être de la cocaïne, cachés dans des sacs de gari dans un entrepôt de l'enceinte portuaire de Tema. Trois suspects avaient été arrêtés. En Australie, une saisie de méthamphétamine a également été rattachée à une expédition partie du Ghana. Un entrepôt de Tema, un quai de Dunkerque, un envoi jusqu'en Australie : le nom du pays revient trop souvent pour n'être qu'une coïncidence.

Un port vit de confiance : celle des armateurs, des assureurs, des partenaires qui acceptent de ne pas ouvrir chaque conteneur. Quand cette confiance sert de couverture à 225 millions d'euros de cocaïne, c'est toute la chaîne qui paie l'addition.

Le Ghana apparaît désormais comme une plaque tournante de plus en plus importante dans la sous-région, et son image est mise à rude épreuve. Une image se retouche vite dans un communiqué. Elle se répare beaucoup plus lentement quand un conteneur en a écrit la vérité à l'autre bout de la mer du Nord.

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La question dépasse d'ailleurs Accra. Les ports du golfe de Guinée partagent les mêmes routes, les mêmes cargos, les mêmes conteneurs. Combien d'entre eux savent, aujourd'hui, ce qui sort réellement de leurs quais ?

Ce ne sont pas les portiques ghanéens qui ont arrêté cette cocaïne, mais des douaniers français, sur un quai de la mer du Nord. Tout le reste, les groupes de travail, les feuilles de route et les démentis, court derrière un conteneur qui, lui, avait déjà pris la mer.

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