Togo 2026 : soutien politique à Ferdinand Ayité menacé de mort en exil à Paris

Lomé — 9 septembre 2026 — 5 minutes de lecture

Il y a une constante dans la manière dont le pouvoir togolais traite ses journalistes gênants : on ne les fait pas taire une fois, on les poursuit jusque dans l'exil. Ferdinand Ayité en administre, depuis Paris, une nouvelle preuve à ses dépens.

Le 1er septembre, dans un live diffusé sur les réseaux sociaux, le directeur du journal L'Alternative a de nouveau alerté sur un projet visant à attenter à sa vie, porté selon lui par Faure Gnassingbé et son entourage. Ce n'était pas une première sortie. Mais cette fois, une partie de la classe politique togolaise a choisi de rompre son silence. La Dynamique de la majorité populaire, la Dynamique Monseigneur Kpodzro, la LDP et le front « Touche Pas À Ma Constitution » ont publié, ce jeudi, un communiqué commun de soutien à Ferdinand Ayité et aux autres activistes togolais de la diaspora.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir un peu en arrière. Ayité dirige L'Alternative depuis plus de vingt ans et s'est fait une spécialité des enquêtes sur la corruption au sommet de l'État, du scandale « Petrolgate » aux malversations à l'Office togolais des recettes. Emprisonné une première fois fin 2021 avec son confrère Joël Egah, décédé peu après leur libération dans des circonstances qui n'ont jamais été pleinement élucidées, il a fini par fuir le pays en 2023, juste avant une condamnation à trois ans de prison prononcée en son absence. Le Comité pour la protection des journalistes lui a remis, la même année, son prix international de la liberté de la presse. Le régime, lui, ne l'a jamais lâché.

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Le dossier a même pris, ces dernières semaines, une tournure diplomatique explicite. Deux réalisateurs français, arrêtés fin juillet en pleine tournage pour France Télévisions, sont toujours détenus ou sous contrôle judiciaire à Lomé, tandis que Lomé conditionnerait, selon L'Alternative, leur libération à l'extradition d'Ayité par la France. Ni Paris ni Lomé ne l'ont confirmé. Mais le silence, dans ce dossier, tient lieu de réponse.

C'est dans ce contexte que le communiqué des quatre organisations prend tout son sens. Il ne se limite pas à Ferdinand Ayité : il vise aussi le blogueur Zaga Bambo et les autres activistes exilés qui animent lives et panels depuis l'étranger, tous visés, selon le texte, par des intimidations et des appels menaçants venus du Togo. Les signataires demandent aux pays d'accueil — la France, mais aussi le Ghana, le Sénégal et la Côte d'Ivoire — de garantir la sécurité de ces réfugiés politiques au titre de la Convention de Genève de 1951.

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Et puis il y a la phrase qui compte, celle qui fixe une ligne rouge plutôt qu'un simple vœu pieux. Les quatre organisations préviennent : « Nous les tiendrons pour responsables. » Une formule sobre, presque juridique, mais qui vaut mise en garde directe adressée au pouvoir de Lomé, à un moment où celui-ci multiplie déjà les fronts contre la presse et la contestation.

Car ce dossier n'est jamais isolé. Pendant que les projecteurs se braquent, à raison, sur Ferdinand Ayité et les deux Français, d'autres Togolais restent en détention loin de toute couverture internationale. C'est le cas de Marguerite Gnakadé, en grève de la faim depuis des mois sans qu'aucune charge sérieuse n'ait été rendue publique. Le régime a une hiérarchie bien à lui : un passeport étranger ou une notoriété internationale ouvrent une chance de mobilisation, l'anonymat condamne au silence.

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On nous expliquera sans doute, comme à chaque fois, que ces accusations relèvent de l'exagération ou de la théorie du complot. Mais un pouvoir qui laisse planer le doute sur des menaces de mort visant un journaliste exilé, qui retient des étrangers en otages diplomatiques et qui garde en détention une opposante sans preuve depuis près d'un an ne peut pas exiger qu'on lui accorde le bénéfice du doute. Il l'a épuisé depuis longtemps.

Ce communiqué ne changera sans doute rien, dans l'immédiat, aux calculs de Faure Gnassingbé. Mais il marque un fait notable : une partie de l'opposition togolaise, souvent divisée sur les stratégies à adopter, converge enfin sur un point précis — la sécurité physique de ceux qui osent encore parler. Reste à savoir si Paris, Accra, Dakar et Abidjan prendront, eux aussi, la mesure de leurs responsabilités envers des exilés qu'ils ont accueillis sans toujours les protéger.

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