Lomé, 9 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes
Il y a une routine, désormais bien rodée, dans la diplomatie togolaise : un ministre voyage, une poignée de main est photographiée, un mémorandum d'entente est paraphé, et un communiqué triomphant annonce l'ouverture d'une « nouvelle ère » de coopération. La routine s'est répétée cette semaine, cette fois avec Israël.
Le lundi 7 juillet, à Lomé, le secrétaire général du ministère togolais des Affaires étrangères, Afo O. Salifou, et l'ambassadeur d'Israël au Togo, Simon Seroussi, ont signé un mémorandum d'entente sur les consultations politiques entre les deux pays. L'acte fait suite à la visite officielle effectuée en Israël, en janvier dernier, par le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, reçu par son homologue Gideon Sa'ar.
Sur le papier, l'ambition est vaste. Le texte doit instaurer un mécanisme permanent de concertation entre Lomé et Jérusalem, couvrant l'agriculture, la gestion de l'eau, l'innovation numérique et la cybersécurité, ainsi que la sécurité régionale. Les deux capitales évoquent même la relance de leur Grande Commission mixte, restée en sommeil depuis sa première réunion en 1990, plus de trois décennies après une relation diplomatique nouée en 1960 et longtemps portée par les programmes de formation de l'agence israélienne Mashav.
Le communiqué officiel de la présidence togolaise résume l'ambition du texte : il doit servir à « renforcer la coordination diplomatique et à identifier de nouveaux projets de coopération ». Une formule qui sonne bien, qui se décline aisément en communiqué de presse, et qui ne coûte, en réalité, strictement rien à personne.
Car voici le problème. Ce mémorandum israélien n'est pas un événement isolé, c'est un exemplaire de plus dans une collection qui s'épaissit à un rythme frénétique. En juin, c'était la Tunisie, avec un mémorandum quasi identique sur les « consultations bilatérales régulières » et un programme de travail 2026-2027 en huit chantiers. Avant cela, le Congo, le Venezuela, la Norvège avaient eu droit au même document, aux mêmes intitulés, à la même architecture protocolaire. Changez le nom du pays partenaire, la structure du communiqué reste identique au mot près.
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Cette diplomatie de l'accumulation a ses vertus, personne ne le nie. Diversifier les partenaires, multiplier les canaux, se positionner en médiateur régional : Faure Gnassingbé aime à se présenter comme l'homme des bons offices, du Sahel aux Grands Lacs. Mais un mémorandum d'entente n'est pas une politique. C'est une déclaration d'intention, sans obligation, sans calendrier contraignant, sans mécanisme de sanction en cas d'inexécution. Le pays en a signé une demi-douzaine en quelques mois. Combien ont produit un résultat mesurable pour le citoyen togolais ?
Pendant que la diplomatie togolaise multiplie les paraphes et les tapis rouges, la réalité intérieure, elle, ne bénéficie d'aucun mémorandum. Le port sec d'Adétikopé traite plus de conteneurs, les créations d'entreprises progressent, certes. Mais les routes du pays continuent de se dégrader sous la pluie pendant que les chantiers annoncés restent à l'arrêt, et les enquêtes institutionnelles s'enlisent dans un théâtre bureaucratique qui n'aboutit jamais vraiment.
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C'est là tout l'art du régime : occuper l'espace médiatique avec la grande politique étrangère, pendant que la gestion quotidienne du pays patine. Un mémorandum avec Israël sur la cybersécurité et l'irrigation fait une belle photo. Il ne répare pas une route nationale. Il ne juge pas un dossier qui dort dans un tiroir. Il ne nourrit personne.
La diplomatie de la multiplication a un mérite : elle donne l'illusion du mouvement. Chaque signature devient un argument de communication, une preuve que « le Togo compte », que « Lomé rayonne ». Mais un pays ne se gouverne pas à coups de mémorandums d'entente empilés les uns sur les autres. Il se gouverne en tenant les promesses faites à ses propres citoyens, celles qu'aucun ambassadeur étranger ne viendra jamais réclamer.