Cotonou, 11 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes
Il y a une manière élégante de vider une institution de sa substance : ne pas l'abolir, la « suspendre ». Ce vendredi 10 juillet, les députés béninois ont voté à l'unanimité la suppression provisoire de la Commission électorale nationale autonome. Une unanimité qui, à elle seule, devrait alerter davantage qu'elle ne rassure.
La loi n°2026-14, adoptée en séance plénière à Porto-Novo, abroge l'ensemble des dispositions du Code électoral encadrant la CENA, son Conseil électoral et sa Direction générale des élections. Le texte intervient à quelques jours seulement de l'expiration du mandat des membres actuels, prévue le 14 juillet. Le personnel sera redéployé dans l'administration publique, et un décret en Conseil des ministres se chargera de liquider le patrimoine de l'institution.
L'argument avancé est budgétaire et calendaire. Depuis la révision constitutionnelle qui a porté à sept ans les mandats du président de la République, des députés et des conseillers communaux, le Bénin n'aura plus aucune échéance électorale majeure avant 2031, voire 2033 pour la présidentielle. Le député Augustin Ahouanvoébla, initiateur du texte, a jugé inutile d'installer une nouvelle équipe qui n'aurait, selon ses propres termes, aucune élection à superviser avant plusieurs années. Le gouvernement, représenté par le ministre de la Justice Yvon Détchénou, a promis de la prudence dans la gestion du personnel.
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Sur le papier, la logique se tient. Une commission électorale sans élection à organiser coûte de l'argent public pour du vide institutionnel. Mais un pays ne se retrouve pas sans élection à l'horizon par accident. Il y a un an, en décembre 2025, une tentative de coup d'État contre Patrice Talon échouait de justesse, sauvée par une intervention militaire nigériane et de la CEDEAO. Quelques semaines plus tard, en janvier 2026, les législatives se tenaient sous un seuil électoral relevé à 20 %, écartant Les Démocrates, seule opposition significative, de l'Assemblée nationale malgré 16 % des voix. Résultat : un hémicycle entièrement acquis à la mouvance présidentielle, un Sénat annoncé mais toujours pas installé, et désormais une présidence Wadagni qui hérite d'un système électoral verrouillé avant même d'avoir eu à s'en servir.
C'est dans cette architecture-là que s'inscrit la disparition de la CENA. On ne supprime pas une commission électorale parce que la démocratie fait une pause. On la supprime parce que le calendrier institutionnel a été conçu, réforme après réforme, pour qu'il n'y ait justement plus grand-chose à arbitrer. Le rapport de la Commission des lois l'admet lui-même, en notant qu'une nouvelle équipe achèverait son mandat « sans avoir organisé aucune élection politique alors que c'est la raison même de son existence ».
Voilà le vrai sujet, et ce n'est pas la rationalisation budgétaire qu'on nous vend. C'est la question de ce qui se passera dans six ou sept ans, quand il faudra bien reconstituer, de zéro, un organe électoral indépendant, dans un pays où l'opposition a déjà perdu tous ses élus et où le pouvoir n'a jamais eu à négocier sa reconduction. Une institution qu'on dissout « provisoirement » aujourd'hui, dans l'indifférence générale, est une institution qu'on recomposera demain sur mesure, loin des regards, au moment où plus personne n'y prêtera attention.
Pendant ce temps, à Cotonou, on continue de discuter méthodologie et bonnes pratiques dans les cénacles d'experts, pendant qu'une part significative de la population reste enlisée dans la pauvreté et que les vraies urgences du pays — logement, emploi, justice sociale — attendent toujours leur tour. La CENA disparaît sans bruit ; les vrais chantiers, eux, ne sont même pas ouverts.
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