5 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes
Il y a une constante dans la diplomatie du régime Gnassingbé : plus la légitimité s'effrite à l'intérieur, plus on multiplie les poignées de main à l'extérieur. Pendant que la Cour de justice de la CEDEAO instruit le dossier de la réforme constitutionnelle de 2024 et que l'opposition réclame des comptes, Lomé négocie tranquillement son entrée dans le club des capitales où Moscou installe son drapeau. Le timing n'est pas un hasard. C'est une méthode.
Le fait est désormais confirmé au plus haut niveau. Fin juin, à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a annoncé devant le Conseil des affaires de son ministère l'ouverture prochaine de quatre nouvelles missions diplomatiques en Afrique, en Gambie, au Libéria, au Togo et aux Comores. Cette annonce porterait à 49 le nombre d'ambassades russes permanentes sur le continent, une couverture quasi totale que Moscou construit méthodiquement à l'approche du troisième sommet Russie-Afrique, prévu fin octobre dans la capitale russe.
Rien de nouveau sous le soleil de Lomé, en réalité. Le principe avait déjà été acté le 19 novembre 2025, lorsque Faure Gnassingbé s'était rendu au Kremlin pour sa première visite d'État en Russie. Vladimir Poutine avait alors personnellement confirmé l'ouverture d'une représentation diplomatique russe au Togo, mettant fin à trente ans d'absence. Le président russe avait salué des relations économiques qui « évoluent à un bon rythme », promettant que l'ambassade viendrait « renforcer ces dynamiques ». Depuis, l'ambassadeur russe au Bénin et au Togo, Igor Evdokimov, a lui-même confié espérer une ouverture « opérationnelle dans les prochains mois ».
Ce rapprochement ne se limite pas à un drapeau de plus sur un immeuble de Lomé. En octobre 2025, la Douma avait déjà ratifié un accord-cadre militaire avec le Togo, prévoyant exercices conjoints, formation du personnel et échange de renseignements. Les bourses d'État accordées aux étudiants togolais sont passées d'une dizaine en 2022 à 86 pour l'année 2024-2025. Les échanges commerciaux, eux, restent modestes, autour de 120 millions de dollars en 2024, mais Moscou lorgne ouvertement le port en eau profonde de Lomé et les phosphates togolais.
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Officiellement, on appelle ça le « non-alignement actif ». Dans l'entourage présidentiel, la formule est rodée : le Togo « discute avec tous les partenaires, sans exclusive idéologique ». Traduction : Lomé refuse de condamner l'invasion russe de l'Ukraine à l'ONU et appelle, comme beaucoup de capitales africaines, à une vague « solution négociée ». Une posture confortable, qui permet d'encaisser les hélicoptères, les bourses et les accords sécuritaires sans jamais avoir à répondre d'un choix de camp. Pratique, quand le vrai problème n'est pas la géopolitique mais la gouvernance.
Car c'est bien là que le bât blesse. Pendant que la diplomatie togolaise soigne son image de plateforme neutre et courtisée, le pays reste empêtré dans une crise de légitimité que ni Moscou ni aucun sommet ne résoudra. La réforme constitutionnelle de 2024, contestée jusque devant la justice communautaire, la mobilisation persistante de la coalition DMK, les états-majors militaires qui multiplient les serments de fidélité à un homme plutôt qu'à la République : voilà ce qui devrait occuper l'agenda national. Au lieu de cela, on célèbre une ambassade.
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La Russie, de son côté, ne cache pas sa méthode. Ni idéologique ni philanthropique, l'expansion diplomatique russe en Afrique de l'Ouest vise à étendre une sphère d'influence, profitant de chaque régime en quête de partenaires qui ne demandent ni élections propres ni justice indépendante en contrepartie de la coopération. Pour un pouvoir qui peine à convaincre sa propre opinion publique de sa légitimité, un allié qui ne pose jamais la question est une aubaine diplomatique. C'est précisément ce que Lomé est en train d'acheter, ambassade après ambassade, accord après accord.
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L'ambassade russe ouvrira ses portes à Lomé, c'est désormais acquis. Ce qui ne s'ouvrira pas de sitôt, en revanche, c'est un vrai débat national sur la légitimité du pouvoir qui la reçoit. Et c'est précisément ce que ce nouveau partenariat permet d'éviter.