Mondial 2026 : le talent ne suffit pas, les Lions et les Éléphants s'effondrent toujours à la même minute

5 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes

Il y a un scénario que le football africain rejoue à chaque grand tournoi, comme un disque rayé qu'on refuse de changer. On domine, on impressionne, on fait vaciller un adversaire réputé supérieur. Et puis, à cinq minutes de la fin, tout s'effondre. Ce Mondial 2026 n'a rien inventé. Il a simplement confirmé, avec une cruauté presque chirurgicale, que le continent sait produire des équipes séduisantes mais pas encore des équipes qui savent gagner leurs derniers instants.

Le symbole de ce naufrage collectif porte un nom : le Sénégal. Après avoir longtemps mené 2-0, les Lions de la Teranga se sont sabordés à la fin du temps réglementaire, avant de voir la Belgique passer devant sur penalty en toute fin de prolongation. Des buts tardifs de Romelu Lukaku et Youri Tielemans ont permis d'égaliser dans les dernières minutes du temps réglementaire, puis Tielemans a scellé la remontée de la Belgique (3-2) en transformant un penalty juste avant la fin des prolongations. Cinq minutes. C'est tout ce qu'il aura fallu pour transformer une qualification presque actée en une élimination amère.

Le pire, ce n'est pas la défaite. C'est la manière.Le capitaine sénégalais Krépin Diatta l'a reconnu lui-même : "Nous étions sur le point d'écrire de belles pages de l'histoire de notre football sur la scène mondiale. Et nous devons accepter que nous avons échoué dans notre mission." Un aveu rare, presque courageux, mais qui sonne surtout comme un constat d'échec collectif que le peuple sénégalais connaît déjà par cœur.

Ce naufrage n'est pas un accident isolé. Il s'inscrit dans une série noire. La Côte d'Ivoire, la RDC et le Sénégal ont tous été éliminés aux portes des huitièmes de finale, chacun à sa manière, chacun avec ce même sentiment d'avoir eu le match en main avant de le laisser filer. La Côte d'Ivoire a été éliminée après sa défaite face à la Norvège (2-1) en seizièmes de finale, une rencontre où Amad Diallo avait pourtant égalisé par une superbe action individuelle, avant qu'Erling Haaland n'inscrive le but de la qualification en toute fin de match. Encore une fois, la même histoire : tenir, presque, puis craquer au moment décisif.

La RD Congo n'a pas fait exception. Le milieu de terrain Brian Cipenga avait ouvert le score dès la 7e minute d'une frappe précise, mais l'avance n'a pas résisté. Harry Kane a égalisé à la 75e minute, puis a inscrit un deuxième but à quatre minutes de la fin du temps réglementaire, offrant la victoire à l'Angleterre. Là encore, l'histoire s'écrit dans le dernier quart d'heure, et l'Afrique n'est pas du bon côté du stylo.

Le bilan chiffré, glaçant, mérite d'être posé noir sur blanc. Neuf sélections africaines avaient atteint les seizièmes de finale, un record historique lié à l'élargissement du tournoi à 48 équipes, mais seulement deux d'entre elles ont réussi à se qualifier pour les huitièmes. Deux sur neuf. Le continent qui rêvait de confirmer sa montée en puissance repart avec un ratio qui rappelle davantage l'anecdote que l'exploit.

On objectera, et on aura raison, que le football n'obéit à aucune fatalité raciale ni culturelle. L'Algérie et le Ghana, eux, n'ont même pas eu droit au scénario du regret : ils n'ont pas vraiment fait le poids face à la Suisse (0-2) et la Colombie (0-1), sans renversement dramatique, sans polémique arbitrale, juste une infériorité assumée du début à la fin. Trop passifs face à une Suisse maîtresse de la situation, les Fennecs se sont logiquement inclinés, quand les Black Stars, eux, n'ont jamais su comment égaliser, touchant les limites d'un plan de jeu consistant à subir et contrer. Ces deux sorties-là ne relèvent pas du même mal que celles du Sénégal ou de la Côte d'Ivoire. Elles relèvent d'une infériorité de niveau, plus dure encore à digérer.

C'est là que le vrai problème apparaît, et il n'a rien de mystique. Ce n'est pas une malédiction. C'est une question de gestion. De banc. De fraîcheur physique dans le dernier quart d'heure. De sang-froid collectif quand l'adversaire pousse. Année après année, tournoi après tournoi, les mêmes symptômes reviennent : des sélections capables de rivaliser pendant 80, 85 minutes avec les meilleures nations du monde, mais qui perdent leurs repères tactiques et leur lucidité au moment où tout se joue. On parle beaucoup, dans les fédérations africaines, de talent individuel, de génération dorée, de nouvelle ère. On parle beaucoup moins de préparation physique de pointe, de banc de touche capable de faire la différence, de culture du money-time que d'autres confédérations ont, elles, fini par intégrer.

Le milieu sénégalais Habib Diarra a résumé la chose avec une franchise qui devrait servir de leçon collective plutôt que de simple regret individuel. "Un match dure 90 minutes, et nous sommes anéantis. Je ne sais pas quoi dire. Quand on est sur le terrain, il faut tout donner, et ce n'est pas ce que nous avons fait. Nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes", a-t-il déclaré. Cette phrase-là mérite d'être encadrée dans chaque fédération du continent. Elle dit tout : le talent était là, la lucidité dans le dernier effort, non.

Le Maroc, seule sélection africaine encore debout après ce tour à haut risque, prouve pourtant qu'une autre voie existe. Pendant que les Lions, les Éléphants et les Léopards rentraient à la maison la tête basse, les Lions de l'Atlas, eux, ont su verrouiller leur qualification sans trembler. La différence ne tient pas au talent, largement partagé sur tout le continent. Elle tient à la capacité de fermer un match, de gérer une avance, de ne pas offrir sur un plateau ce qu'on a arraché avec sueur pendant 80 minutes.

Le continent africain n'a plus besoin qu'on lui rappelle qu'il a du talent. Le monde entier l'a vu, l'a applaudi, l'a redouté pendant cette Coupe du monde à 48 équipes. Ce qu'il lui manque, c'est cette dernière ligne droite mentale, cette capacité à ne pas se saborder quand la ligne d'arrivée est en vue. Tant que ce chapitre ne sera pas écrit, les mêmes larmes couleront au même quart d'heure, dans les mêmes vestiaires, devant les mêmes questions sans réponse.

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