3 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 5 min
Il y a une constante dans la manière dont le régime distribue ses largesses : elles atterrissent toujours du même côté. Quand vient l'heure d'annoncer une mesure présentée comme un soutien aux populations, il faut regarder deux fois avant d'y croire. Et cette fois encore, le tour de passe-passe est cousu de fil blanc.
Depuis le 1er juillet 2026, une nouvelle grille tarifaire s'applique aux postes de péage du pays. Un arrêté interministériel, signé le jour même par les ministres des Infrastructures, des Finances, du Commerce et des Transports, réduit les frais de passage pour les bus et autocars, ainsi que pour l'ensemble des poids lourds, des véhicules à deux essieux jusqu'aux plus imposants engins à huit essieux et plus. Les autocars passent de 1 500 à 1 400 francs CFA. Les poids lourds à deux essieux, de 2 500 à 2 400 francs. Les mastodontes à huit essieux et plus, de 5 000 à 4 700 francs. Une baisse comprise entre 3 et 6 % selon les catégories.
Et les motos ? Toujours 50 francs. Les tricycles ? Toujours 100 francs. Les véhicules légers, ceux du Togolais moyen qui possède une voiture, ceux des taxis qui sillonnent Lomé toute la journée ? Toujours 500 francs. Les minibus de transport collectif, ceux qu'empruntent les travailleurs et les élèves chaque matin ? Aucun changement non plus. La grille de 2022 reste intacte pour tout ce qui touche à la mobilité du plus grand nombre.
Il faut remonter cinq semaines en arrière pour comprendre le vrai visage de cette annonce. Le 27 mai 2026, un autre arrêté interministériel a fait grimper les prix à la pompe sur l'ensemble du territoire : le super sans plomb est passé de 680 à 725 francs CFA, le gasoil de 695 à 750 francs, et le pétrole lampant, celui que des milliers de ménages utilisent chaque soir pour s'éclairer ou cuisiner, a bondi de 650 à 1 040 francs, soit une hausse de 390 francs le litre. Cette flambée, justifiée par la fermeture du détroit d'Ormuz et l'envolée du baril de Brent, a frappé sans distinction le zémidjan, le chauffeur de taxi, la ménagère et le conducteur de poids lourd. Un seul de ces quatre profils vient d'obtenir une compensation au péage.
Le gouvernement présente pourtant sa décision comme un geste collectif. Selon les pouvoirs publics, la révision s'inscrit dans la dynamique d'amélioration du climat des affaires et d'accompagnement des acteurs du secteur des transports. Une formule qui sonne bien, mais qui ne trompe personne une fois qu'on regarde qui possède réellement les flottes de bus, d'autocars et de camions de plusieurs tonnes au Togo. Ce ne sont pas les zémidjans. Ce ne sont pas les conductrices de tricycles qui font la navette entre les marchés. Ce sont les sociétés de transport interurbain, les entreprises de logistique et les propriétaires d'engins lourds — une minorité économique parfaitement identifiable, qui dispose des moyens de se faire entendre auprès des ministères.
Pendant ce temps, le financement de l'entretien routier continue de reposer, comme toujours, sur les recettes cumulées de tous les usagers, y compris ceux qui n'ont reçu aucun allègement. Le motard qui paie 50 francs à chaque poste, le conducteur de taxi qui paie 500 francs plusieurs fois par jour, continuent de renflouer un système dont la baisse de tarif profite à d'autres. On leur demande de continuer à payer plein tarif pour des routes financées collectivement, pendant qu'on allège la facture de ceux qui possèdent déjà les moyens de production du transport.
Ce schéma n'est pas nouveau. En 2022, une baisse ciblée sur les minibus avait au moins été présentée, et appliquée, comme une mesure de soutien direct aux populations les plus nombreuses. En 2026, l'exercice est inversé : ce sont les flottes commerciales qui empochent la remise, pendant que le citoyen ordinaire absorbe seul le choc de la flambée des carburants. La différence entre les deux séquences en dit long sur qui, aujourd'hui, a l'oreille du gouvernement.
Présenter une mesure taillée pour les propriétaires de flottes comme un geste envers les populations, c'est insulter l'intelligence de ceux qui paient, chaque jour, le prix fort d'une politique énergétique qui ne les épargne jamais. Le péage, comme tant d'autres leviers de l'État togolais, vient de rappeler à qui il profite vraiment.