Inondations Lomé 2026 : bilan ANPC, chiffres officiels et négligence de l'assainissement au Togo

Lomé, 18 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 6 minutes

Chaque année, la même scène se répète. Les pluies tombent, les quartiers du Grand Lomé se transforment en lacs, les familles perdent leurs toits, et l'État redécouvre, l'air surpris, que la capitale n'a toujours pas de système d'évacuation des eaux digne de ce nom. Cette année ne fait pas exception, sauf que cette fois, on a des chiffres. Des vrais.

Le 7 juillet dernier, l'Agence nationale de la protection civile (ANPC) a présenté son rapport d'évaluation rapide des pertes et dégâts consécutifs aux pluies diluviennes des 29 et 30 juin. Le bilan est glaçant : 6 429 ménages touchés, soit 23 747 personnes, réparties dans les treize communes du Grand Lomé, avec le district d'Agoè comme épicentre du désastre. Cinq morts, 37 blessés, 683 pièces d'habitation détruites, 390 toitures arrachées. Des écoles et des églises endommagées. Des cumuls pluviométriques dépassant les 200 millimètres à Bè-Apédomé en quelques heures à peine.

Rien de nouveau sous le soleil togolais, si ce n'est l'ampleur. Depuis 2007, chaque saison des pluies apporte son lot de sinistrés à Lomé. On se souvient de Faure Gnassingbé lui-même, évoquant à la COP21 de Paris en 2015 les inondations de 2007 et 2008, promettant qu'un programme d'urgence financé par la Banque mondiale allait régler la question une bonne fois pour toutes. Onze ans plus tard, les mêmes quartiers boivent la tasse : Bè Adidomé, Tokoin Aviation, Avédji Sun City, Klémé, Akoin. La litanie des noms de rue n'a pas changé, seul le compteur des victimes continue de grimper.

L'État, lui, a de la mémoire sélective. Il aime rappeler qu'il consacre des budgets « importants » à la résilience climatique, comme le 1,42 milliard de FCFA prévu en 2025. Mais cette année, ce sont 304,86 millions de FCFA qui sont jugés nécessaires pour l'assistance humanitaire d'urgence — vivres et produits non alimentaires essentiellement. Rapporté aux 6 429 ménages sinistrés, cela représente à peine 47 000 FCFA par foyer. De quoi acheter quelques sacs de riz, certainement pas de quoi reconstruire un toit.

Les élus de la Dynamique Mgr Kpodzro, après une tournée dans les zones sinistrées, ont mis les mots justes sur la réalité que le pouvoir préfère habiller en fatalité climatique. Ils rappellent que « ces inondations à répétition ne sont pas une fatalité ». Le dragage du lac Boka attend toujours, l'entretien préventif des caniveaux et des collecteurs enterrés reste théorique, et le fameux projet RAINE — ce réseau d'assainissement par microtunnelier lancé en grande pompe en avril 2025 par la cheffe du gouvernement — n'a toujours pas empêché la capitale de couler quatorze mois plus tard.

Pathétique, ce contraste entre le discours et le terrain. On promet des technologies de pointe, des galeries souterraines forées sans perturber la surface, une modernisation à la hauteur des objectifs de développement durable. Pendant ce temps, les bassins de rétention existants, censés protéger les habitants, ont eux-mêmes débordé le 29 juin, noyant des quartiers entiers construits — avec l'aval des autorités — au beau milieu même de ces zones à risque. Des experts le documentent depuis des années : Lomé a été urbanisée sans considération pour sa géographie lagunaire, ses pentes multiples, son cordon littoral situé plus bas que le niveau de la mer. On lotit, on vend, on encaisse les taxes foncières, et on découvre ensuite, ébahi, que l'eau ne demande pas la permission avant de couler vers le point le plus bas.

Il faut aussi nommer ce que cache la statistique administrative. Derrière les 23 747 sinistrés, il y a des familles qui, en perdant leur toit, perdent bien plus : la vulnérabilité chronique s'installe, et avec elle les fléaux sociaux qui guettent les plus démunis. On ne peut pas dissocier ce cycle du reste de la gouvernance des ressources publiques togolaises — un pays qui, par ailleurs, choisit d'investir massivement dans le rail et la logistique portuaire, quitte à laisser filer les priorités de ses propres habitants.

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Les Togolais, eux, connaissent la réponse depuis longtemps.Ce n'est pas non plus la première fois que l'écart entre les moyens affichés et les besoins réels des populations saute aux yeux. On l'a vu récemment avec les chiffres de la lutte antipaludique, où des millions d'outils distribués masquaient mal l'ampleur persistante du fléau. 

Togo : ce que 6,2 millions de moustiquaires disent d'un pays qui refuse de baisser les bras face au paludisme, écrivions-nous récemment : même logique de communication chiffrée, même réalité du terrain qui contredit le triomphalisme officiel.

Le gouvernement, fidèle à son habitude, a activé son plan ORSEC, dépêché ses ministres pour des tournées d'inspection en bottes, promis le pompage des eaux stagnantes et la sécurisation sanitaire. Ce théâtre de la réactivité post-catastrophe, on le connaît par cœur. Il rassure la communication officielle, il ne répare rien de structurel. Et pendant que les caméras filment les visites ministérielles dans la boue, à quelques encablures de là, à WACEM, l'État affiche la même passivité chronique face aux droits bafoués des travailleurs. 

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— même schéma, cette capacité rare à regarder ailleurs quand le problème exige un vrai courage politique plutôt qu'une conférence de presse.

Les sinistrés du Grand Lomé, eux, n'ont ni la patience ni les moyens d'attendre la prochaine saison des pluies pour vérifier si, cette fois, quelqu'un aura enfin dragué le lac Boka. Ils savent, par expérience amère, que le prochain bilan chiffré ressemblera à s'y méprendre à celui-ci. Le drame n'est plus une surprise climatique. C'est un choix de gouvernance, renouvelé chaque année, au prix de vies humaines et de quartiers entiers rayés de la carte à chaque saison pluvieuse.

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