Agoè-Nyivé, 4 juillet 2026 — Temps de lecture estimé : 4 min
Chaque premier samedi du mois, le même rituel se répète dans les communes du Grand Lomé : balais, brouettes et gants distribués aux volontaires pour ramasser ce que la ville n'arrive plus à gérer seule. Ce matin, à Légbassito, chef-lieu de la commune d'Agoè-Nyivé 2, ce sont des jeunes en uniforme scout qui ont pris la relève, sous l'impulsion de la mairie locale.
L'opération s'inscrit dans le cadre de « Togo Propre », le programme national d'assainissement communautaire que le Grand Lomé organise depuis plusieurs années à intervalle régulier. Ce matin, les jeunes du Groupe scout Saint Don Bosco ont rejoint les rangs des volontaires mobilisés par la commune d'Agoè-Nyivé 2, participant au nettoyage de leur quartier aux côtés des riverains.
Le geste n'a rien d'anodin. Dans d'autres communes du district, comme Agoè-Nyivé 3, des opérations similaires ont récemment rassemblé une forte mobilisation citoyenne autour des marchés et dépotoirs sauvages, signe que l'assainissement urbain reste, mois après mois, une bataille à recommencer plutôt qu'un problème résolu. À Golfe 1, le district a dû, à une autre occasion, faire disparaître un dépotoir sauvage à coups d'opération ponctuelle — la preuve que le tri, la collecte et l'entretien des espaces publics ne relèvent toujours pas d'un système pérenne, mais d'une mobilisation répétée de bonne volonté citoyenne.
C'est là que le scoutisme togolais entre en scène, et pas par hasard. L'Association Scoute du Togo, fondée en 1920 et membre de l'Organisation mondiale du mouvement scout depuis 1977, revendique une tradition d'engagement civique qui dépasse le simple loisir encadré. Le scoutisme togolais forme, depuis plus d'un siècle, des générations à l'idée que le service à la communauté n'attend pas une politique publique pour se manifester. Ce samedi matin, à Légbassito, cette philosophie a pris la forme la plus concrète qui soit : des adolescents avec des sacs-poubelles, pendant que les adultes discutent encore des plans d'assainissement du Grand Lomé.
Il faut le dire sans détour : quand des jeunes en uniforme scout deviennent la main-d'œuvre visible d'une politique d'assainissement communal, cela dit quelque chose sur l'état des moyens municipaux. Les communes du Grand Lomé, on le sait, fonctionnent avec des budgets serrés, des équipes réduites, et une dépendance chronique aux dons de matériel — pelles, brouettes, gants — pour faire fonctionner ce qui devrait être un service public de base. Les jeunes scouts ne remplacent pas une politique de gestion des déchets. Ils comblent, samedi après samedi, le vide qu'elle laisse.
Cela ne diminue en rien la valeur du geste. Au contraire. Ces jeunes de Légbassito ont donné de leur temps un matin de weekend pour un quartier qui n'est pas toujours à la hauteur de leur engagement. L'éducation civique qu'ils reçoivent au sein du mouvement scout — discipline, sens du collectif, respect de l'environnement — trouve dans ce genre d'opération une application directe, loin des discours. C'est peut-être là le vrai enseignement de la matinée : pendant que les grandes réformes urbaines du Grand Lomé se discutent en réunion de concertation, ce sont des enfants et des adolescents qui, concrètement, nettoient les rues.
La commune d'Agoè-Nyivé 2, avec ses vingt villages et ses 35 000 habitants, reste une zone semi-rurale en expansion rapide, où la pression urbaine grandit plus vite que les infrastructures. Chaque opération « Togo Propre » qui s'y tient est un signal : celui d'une population qui refuse de laisser son cadre de vie se dégrader, en attendant que les moyens suivent l'ambition affichée.
Il faudra un jour que les autorités communales et le District Autonome du Grand Lomé transforment ces mobilisations ponctuelles en politique durable de gestion des déchets — collecte régulière, équipements pérennes, budget dédié. En attendant ce jour, ce sont des enfants scouts qui, à Légbassito, portent le poids d'un problème qui ne devrait jamais reposer sur leurs épaules.